Oublie les femmes, Maurice

Oublie les femmes, Maurice

Florent Jaga

Quadrature

  • par
    21 novembre 2019

    Quand on pense éditions Quadrature on pense nouvelles, puisque c'est leur credo. Et comme dans cette maison, ils sont spécialistes, eh bien ils sont bons. Leurs choix sont judicieux et fins, et à chaque recueil, ça marche.

    Cette fois-ci c'est Florent Jaga qui a l'honneur de de la publication et c'est vachement bien. Il est question des relations hommes femmes, dans tous leurs aspects. Le sexe ou le désir et l'attirance sont présents, de part et d'autre. Les hommes de Florent Jaga sont souvent mal en point, déprimés, lassés ou fatigués. Mal à l'aise en société ou en compagnie des femmes et en plein questionnement sur leur couple et sur la routine du quotidien. "Je sors peu, je ne sais pas vivre au milieu de vous tous. Je n'ai pas cette force de recommencer, peut-être. Je ne parviens pas à trouver un sens suffisant à la mascarade." (p. 25) Ce sont les femmes qui sont les plus vigoureuses, les meneuses, celles qui bousculent les hommes et les obligent à se sortir de leurs habitudes. Mais est-ce de la fiction ?

    Mes nouvelles préférées :

    - Mariage ombrageux : un homme se plaît à photographier et filmer des mariages de façon sarcastique, moqueuse. Sa copine, qui sans doute rêve de mariage n'aime pas sa manie.

    - My way : lorsqu'on change ses habitudes, Louis est totalement déboussolé. Obligé de promener le chien pendant que sa femme fait les courses, ce changement n'augure rien de bon.

    - Boulet de canon : Rachel sait qu'elle attire les regards des hommes et compte bien en profiter, mais elle est intriguée par le locataire d'en face, immobile.

    - Une prière pour des clous : Dorine aime arriver à la messe en retard et en partir en avance : elle aguiche les hommes et rend les femmes jalouses. Le père Benoit est bien embêté.

    - Faire le vide : Michel et Brigitte prennent des vacances sans leurs enfants. Mais les sujets de conversation tournent à vide. La monotonie a eu raison de leur couple.

    - La main au feu : Laure est ambitieuse et réussit sa vie professionnelle, son mari, buveur, nuit à sa réputation. Et pourtant un dîner important se prépare.

    - Et la terre peut bien s'écrouler... : Samuel rentre du boulot harassé. Alejandra l'attend, son amour s'est progressivement changé en véritable haine. Et si Samuel ne rentrait plus jamais ?

    - To hell, Angel ! : un road-trip d'une femme jeune et d'un homme un peu moins jeune en mobylette.

    - Bombshell : Arty est obèse et passionné par les pin-ups. Il collectionne les dessins. Arty aime flâner sur la plage, mais aucune femme n'y a la beauté de ses femmes dessinées.

    A partir de situations ou de personnages de la vie courante, Florent Jaga construit des histoires qui déraillent à un moment. Un petit caillou, un fait inattendu, une irruption inopinée et tout s'écroule ou part en vrille. Son écriture est vive, parfois sensuelle et permet d'aller fouiller les tréfonds de l'âme humaine. Car il est question avant tout de cela : l'homme, la femme, leurs rapports, leurs questionnements, ... C'est tellement bien fait que toutes les nouvelles sont excellentes. Je vous l'ai dit au début, lorsqu'on a affaire à des spécialistes...