Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Hulot domino
17,00
par
23 avril 2019

Retour du duo Monsieur Hulot et David Merveille, illustrateur belge dont j'ai parlé pour Hello monsieur Hulot et Monsieur Hulot à la plage, ses deux albums précédents avec le célèbre dégingandé gaffeur du cinéma français.

Dans cet album absolument somptueux, monsieur Hulot part acheter un livre sur son Solex. Il lui arrivera des bricoles, mais comme il ne s'en rend pas compte, tout va bien.

Le livre joue avec les formes, les couleurs : les images-devinettes, grâce à la découpe laser, font apparaître des belles surprises dès que l'on tourne la page ajourée. C'est poétique, facétieux, très beau. Tout l'univers de Jacques Tati est dans ce livre, à la fois drôle et tendre. Un très bel objet à montrer à tous dès le plus jeune âge, avant de montrer les films de Tati.

Sur le blog de David Merveille, vous pourrez voir toutes son œuvre qui ne se limite pas à Hulot, accéder aussi à sa boutique, dedans, j'avoue qu'il y a une lithographie qui me plaît bien...

par
23 avril 2019

Michel Bouvier, je le lis depuis Lambersart-sur-Deuil, paru en 2012 et dernièrement dans L'émasculé du Cran-aux-Œufs , lui aussi chez Pôle Nord, et à chaque fois, je me régale avec son écriture. Cette fois-ci encore, avec ce roman policier édité dans la collection Belle époque, qui est un délice pour les oreilles si l'on lit à voix haute et globalement pour tout le corps et l'esprit. Si j'ôte de mes louanges une double faute (pléonasme p.26 "... les histoires qui vont s'avérer vraies" et oxymore p.289 "... la seule piste que nous avions s'avère fausse."), le reste est succulent. Un roman policier littéraire qui enchaîne les tournures certes parfois désuètes, mais qui collent à l'époque décrite, les imparfaits du subjonctifs qui coulent exquisément, les dialogues et réparties tout en finesse, comme la première rencontre avec la sœur de la veuve :

"- Votre beau-frère était un homme unanimement estimé. N'auriez-vous pas, cependant, pu remarquer quelque chose de moins admirable en lui ? Une faiblesse cachée qui pourrait nous conduire à comprendre que quelqu'un eût pu lui en vouloir jusqu'à souhaiter sa mort ?

- Il y a du mystère en chacun de nous. Mais de ce mystère, c'est justement ce dont les plus proches ne savent souvent rien, sinon, serait-ce un mystère ?" (p.90)

Ah, je me pâme, je me régale, de lire un roman policier à contre courant, qui fait de cette si jolie langue son attrait principal. Et là de me dire que je n'ai parlé que de la belle écriture de Michel Bouvier et point de son intrigue, de son histoire, que dis-je de ses histoires tant il en mêle, pour, là aussi, notre plus grande joie. Sous son air bonhomme, le commissaire Riqueval est une fine mouche qui saura délier les fils parfois très emmêlés des événements, des confessions des uns et des autres. C'est également un homme de son temps qui se pose des questions très actuelles sur la condition féminine, sur la place des femmes dans la société et celle des hommes dans l'éducation des enfants, des filles notamment puisqu'il en a trois avec Albertine.

Bath roman dans une chouette livrée orangée. Beau travail de cet éditeur nordiste, Pôle Nord-Gilles Guillon.

Un été d'enfer
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23 avril 2019

Vera à peine dix ans vient d'arriver aux Etats-Unis directement de Russie. Elle a du mal à se faire des amies et aimerait participer à une colonie, un été. Mais loin des vacances de ses copines américaines riches, elle va intégrer un camp de scouts russes. Elle part pour deux semaines avec son petit frère. Et c'est parti pour l'aventure.

Ce qui surprend d'abord dans cette bande dessinée ou roman graphique puisqu'il en prend les codes, notamment dans le format et le nombre de pages, c'est d'abord la couleur dominante : du vert, les autres étant du noir et blanc. C'est étonnant et excellent. Ensuite, cet album qui s'adresse en premier lieu à des ados est lisible et appréciable par tous, puisque moi, qui ai à peine passé cet âge, je me suis régalé. sans doute me suis-je retrouvé dans Vera qui n'est pas très liante, qui aime profiter du calme et des moments où elle est seule et qui ne se sent pas bien en groupe. C'est tout moi. Et pour ce qui est de partir en colonie ou en camp, bon, je n'ose imaginer ma réaction.

Passons sur ces révélations sur ma légère agoraphobie -additionnée d'une non moins légère claustrophobie- et revenons à Vera qui tentera de survivre pendant ces journées de scouts, qui parfois baissera les bras avant de retenter de se faire des amis. C'est bien fait, on ressent bien toutes les phases par lesquelles elle passe et tous les sentiments qui l'habitent. C'est la simplicité du dessin -la simplicité n'est pas toujours le plus facile à obtenir-, qui fait que l'on s'attarde sur les personnages, sur leurs émotions.

Très belle surprise qu'il serait restrictif de laisser aux ados. Enfants, parents, partagez-vous cette lecture.

Les trois Brestoises / La cage de l'Albatros : Landévennec
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23 avril 2019

Voilà donc le retour des trois Brestoises, au nombre de quatre cette fois-ci, pour mon plus grand plaisir, après l'excellent Haines. Le prolifique et talentueux Pierre Pouchairet remet donc en scène ses héroïnes bretonnes favorites dans cette enquête encore une fois pas avare en rebondissements. Lorsqu'on croit l'enquête close, il reste encore des pages à tourner avec pas mal de surprises. Dans ce tome, c'est Noreen, la nouvelle venue qui a la vedette et sur laquelle le romancier s'attarde pour nous la faire mieux connaître. Les vies des trois autres filles sont un peu mises entre parenthèses puisqu'elles aident leur amie.

Cette deuxième aventure est aussi passionnante que la première et tout aussi addictive, difficile de lâcher l'affaire avant la dernière page tournée. Pierre Pouchairet est diabolique qui sait perdre son lecteur dans les multiples impasses, indices à creuser, fausse pistes, chausse-trappes. On ajoute à tout cela quatre filles aux caractères bien trempés, qui n'ont pas de mal à imposer le respect aux hommes qu'elles dirigent ou côtoient, qui n'hésitent pas à les envoyer promener au besoin, une Bretagne toujours aussi belle même lorsqu'il y pleut -rarement, il va sans dire. On met une grosse pincée de dialogues savoureux aux formules parfois expéditives, des portraits plus vrais que nature, un certain réalisme dans les situations -Pierre Pouchairet a été très longtemps flic-, un humour bienvenu et l'on obtient un roman policier excellent. Qui pourrait résister à cette entrée en matière :

"25 ans, 3 mois et 22 jours que Jean-Luc Kernivel est veuf. Les prisonniers comptent les jours d'incarcération, lui, ce sont ceux de sa liberté retrouvée. Il pourrait également quantifier les heures, il se contente d'égrener les jours. Ce compte, qui serait macabre pour certains, est heureux pour lui et a commencé dès le lendemain de la mort de sa femme." (p. 13)

Crow

Hugo Roman

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23 avril 2019

Deuxième tome de la trilogie de Roy Barverman après le très bon "Hunter". Cette fois-ci, ce sont les paysages de l'Alaska, la faune et la flore, qui sont le contexte géographique mais aussi tout l'environnement de cette traque. Nature omniprésente, la neige, les forêts, les ours, les loups. Roy Braverman parle de l'Amérique profonde, des campagnes et des petites villes, celle avec des shérifs élus pas toujours respectueux des lois ou qui s'arrangent avec elles, celle des chasseurs-viandards qui rêvent de faire des cartons sur les animaux ci-dessus nommés, celles des homophobes, racistes, sexistes, machistes... On est loin du rêve américain.
Il aborde aussi la question de la justice, de la loi du talion :
"Tu vois que ta seule idée de la justice, c'est la vengeance. La mort pour la mort. Une vie pour une vie. Si c'est ça ta justice, alors va jusqu'au bout de ton raisonnement : coupe la main au voleur, coupe la jambe au fuyard, le sexe au violeur, la langue au diffamateur, crève les yeux au voyeur..."
"Ils le méritent", persiste Delesteros.
"Peut-être, mais ça reste de la vengeance, pas de la justice. La justice, c'est de préserver la société de la menace. Pas besoin pour ça d'en éliminer la cause. Il suffit de la maintenir à l'écart." (p.269)

Un extrait d'un long dialogue dans lequel, comme dans le roman précédent, l'auteur s'exprime sur la justice, la prison et leurs dysfonctionnements, entre Hunter l'innocent accusé à tort et Delesteros, l'agente du FBI. Parce que évidemment, ils se croiseront, comme tous les personnages principaux. L'histoire est noire, très noire et le bandeau de couverture assez explicite. Ici, on ne fait ni dans le détail ni dans la romance sucrée. Si vous n'aimez que les genres précédents, fuyez. Mais si vous aimez le très noir, les histoires avec des personnages pas si méchants ou si gentils qu'ils paraissent, loin des stéréotypes, des situations inédites et tout peut arriver, le pire comme le moins pire - je n'irai pas jusqu'à dire le meilleur -, l'originalité d'un romancier qui mêle tout cela avec un bon dosage et beaucoup de savoir-faire, eh bien plongez dans "Crow" (qui peut se lire indépendamment de "Hunter", mais lire les deux, c'est mieux.