Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Le chat Catia mène l'enquête / Gourous... coucou !
par
2 juillet 2019

C'est une cinquième enquête pour Catia que, pour ma part, je découvre. En plus d'être originale, cette histoire est drôle. On est bien d'accord qu'une enquête menée par un chat ce n'est pas banal, surtout lorsqu'elle est accompagnée de son chevalier servant, un chien. Et je vous passe les discours avec d'autres animaux, et surtout, son moyen de communication avec les humains – enfin, les seuls qui sachent l'intelligence de Catia et le fait qu'elle communique – qui est une tablette.

Tous ces personnages aussi barrés les uns que les autres se retrouvent dans une histoire rocambolesque et drôlement écrite, parce que Gérard Chevalier y va de ses blagues, de ses détournements d’œuvres célèbres, par exemple :

"Ce siècle avait douze ans !

Nantes lorgnait Dame Lande

Déjà Macron perçait sous Hollande,

Et du ministre aux Finances par maints endroits

Le front du Président brisait le masque étroit." (p.19)

Des digressions, des remarques et réflexions pas toujours en lien direct avec l'intrigue qui si elle n'est pas nouvelle se tient bien et a le mérite d'être réaliste sous ses dehors humoristiques. Il paraît que moult écrivains sont des amoureux des chats. Il y en a qui franchissent la ligne en en faisant des héros -ou héroïne dans le cas qui nous occupe. Ce n'est sans doute pas toujours réussi mais lorsqu'on a la gouaille, le décalage et l'humour de Gérard Chevalier, tout passe. Alors une chatte enquêtrice, on y croit, évidemment. D'ailleurs, depuis, je regarde mon chat différemment.

Mardi-gris

La Table Ronde

par
2 juillet 2019

Remarques liminaires : ce roman noir a été écrit en 1978, c'est le premier de l'auteur Hervé Prudon, journaliste, né en 1950 et décédé en 2017.

Ce qui surprend, agréablement il va sans dire, c'est d'abord le style. Familier, oralisé, qui vaut quelques phrases exquises : "Elle savait que Rochette avait une tête fragile. Il pouvait rester des heures entières sans rien dire. Elle le regardait et pouvait entendre grincer tous les ressorts dans sa tête. Un ressort avait pu lâcher." (p.171) Les idées et trouvailles d'Hervé Prudon sont au service de son histoire noire et désespérée. 1978, la fin des années de reconstruction, de plein emploi. Les chocs pétroliers sont passés par là, la crise pointe le bout de son nez, l'exode des ruraux vers les villes pour s'entasser dans des HLM construites à la va-vite, les hippies sont fatigués et le "No future" des punks débarque. Rochette est le symbole de cette société qui croit de moins en moins en l'avenir. Il a, à quelques chose près, l'âge de l'auteur.

C'est donc du noir, de l'espoir broyé dans la réalité ; tout cela, parfois un peu long, mais mis en mots dans un style qui claque, qui n'a absolument pas vieilli. Ce bouquin aurait pu être écrit et installé dans notre époque, à quelques détails près. Je ne connaissais pas Hervé Prudon, c'est une très belle idée que de rééditer ses ouvrages (dans la même collection, deux autres titres : Banquise et La langue chienne) surtout s'ils sont aussi bons qu'icelui.

Avenida Vladimir Lénine

Constance Latourte

Intervalles

par
2 juillet 2019

Ce livre est présenté comme un roman, il doit cependant s'appuyer sur l'expérience de l'autrice qui a réalisé un documentaire sur le thème évoqué, en 2009, intitulé "Khanimambo Mozambique". Elle explique très bien que le coup d'état de Pinochet (1973) correspond à l'indépendance du Mozambique (1975) et que les arrivées des Chiliens se sont toutes produites à la fin des années 70. "Dès que l'indépendance a été déclarée, en 1975, les colons portugais ont dû fuir par peur des représailles. Ils sont partis du jour au lendemain pour sauver leur peau. Et le pays s'est retrouvé sans professionnels. Il n'y avait plus de médecins, plus d'ingénieurs, plus d'économistes. Plus aucune personne formée. Parce que pendant la colonisation, les Portugais occupaient tous les postes à responsabilité et ne formaient pas les Mozambicains. [...] À cette époque, il y avait des exilés chiliens dans le monde entier à cause de la dictature. Le Parti Communiste chilien a donc signé un accord avec le gouvernement mozambicain pour envoyer des spécialistes." (p.56) Voilà pour le thème du documentaire que, pour ma part, j'ignorais totalement.

Le livre est ensuite le parcours de la jeune cinéaste pour tout simplement vivre dans un pays qu'elle ne connaît pas et qui a des us et pratiques bien particuliers. Heureusement, Alberto, son colocataire la guidera et lui donnera des conseils en même temps qu'il sera un soutien dans les moments de doute. Car doutes il y aura, tant la tâche est ardue. Tenter de faire un reportage, seule, sans argent, dans un pays où tout se monnaye, de l'amende pour excès de vitesse fictif aux demandes administratives multiples, pour avoir notamment le droit de filmer dans les lieux publics. Français qui vous plaignez des lenteurs et des méandres de l'administration de notre pays, lisez les pages 203 à 211 et vous relativiserez votre point de vue initial. On est forcé de rire, parce que Constance Latourte rend cette épreuve assez comique en jouant notamment avec le style : des phrases normales, puis de plus en plus courtes pour finir quasiment avec des phrases uninominales. Mais j'imagine qu'à vivre, ça doit être l'enfer.

Tout cela donne un roman bien agréable sur la gestation d'un documentaire en zone si ce n'est hostile au moins difficile, un documentaire que je verrais volontiers maintenant que j'en sais un peu plus sur le thème, grâce à ce livre et sur les étapes qui ont marqué sa réalisation.

Le sang des Highlands
par
16 juin 2019

"Écosse, 1892. Sur une rive isolée du Loch Ness, les corps d'une paléontologue et de son mari sont retrouvés mutilés et démembrés. Est-ce l'œuvre d'un meurtrier barbare ? Celle d'une bête sauvage ? Et où leur jeune fils et son ami ont-ils disparu ?

L'élucidation de tels crimes ne pouvait être confiée qu'à l'enquêteur Gareth Thaur, un ancien colonel de l'armée qui en a vu bien d'autres. L'affaire est tellement sensible que Scotland Yard envoie en renfort son meilleur détective, Joe Hackney, un ancien malfrat aux méthodes peu orthodoxes, cynique mais génial." (4ème de couverture)

Bon, bon, une fois cela lu, on se dit que ça devrait dépoter. Eh bien non, le début est long et si l'on excepte quelques descriptions de tortures et d'autopsies presque insupportables et à mon avis largement évitables, eh bien le récit ne commence pas vraiment. Il faut passer des passages pour trouver de quoi se raccrocher. Et lorsque comme moi, vous ne trouvez pas, eh bien, vous abandonnez. Il y a un je -ne-sais quoi qui m’empêche d'adhérer à cette histoire, soit dans les personnages, soit dans l'écriture, je ne saurais pas être plus précis, mais je me suis ennuyé. Je laisse donc à d'autres qui sauront apprécier plus que moi.

Sombre avec moi

Anne-Marie Métailié

par
16 juin 2019

Diana Jager et chirurgienne, pas vraiment appréciée par ses collègues. Il faut dire qu'en tant que blogueuse féroce qui parle de ses conditions de travail et de la vie d'un hôpital, elle s'est fait quelques ennemis. Célibataire presque endurcie, elle rencontre Peter, informaticien, se marie avec lui. Peter meurt six mois plus tard. Très vite elle est soupçonnée.

Que c'est long et bavard. De réflexions oiseuses en descriptions inutiles, ce polar traîne en longueur en devient lassant alors que pourtant tout est là pour qu'il soit passionnant. Le personnage de Diana est bien vu, sa misanthropie à peine cachée, sa froideur. Je sens bien aussi que la construction du roman est intéressante, entre les divers narrateurs, des retours en arrière, des surprises et un intérêt particulier parce qu'on ne sait pas où le romancier veut en venir et nous emmener, difficile de deviner ses intentions et donc l'avenir de ses personnages. Mais pourquoi noyer tout cela dans un flot de dialogues, de descriptions qui n'apportent rien au texte si ce n'est de l'ennui. Comme si, encore une fois, un nombre de signes était imposé à l'auteur ou l'éditeur, pour sortir un gros polar, un livre qu'on remarque sur les étals des librairies.