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Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Kidnapping

Maryline Gautier

La Différence

par
4 août 2015

Maryline Gautier écrit là son premier roman fort prenant et fort bien mené. Le genre de livre qu'une fois ouvert on ne peut plus refermer avant la fin. Elle se met en partie dans la tête d'Henri, homme qui semble paisible et qui est en fait ce que l'on a coutume d'appeler un pervers narcissique. Un homme dur et froid auquel on ne doit ni ne peut résister, surtout sa femme Adèle et ses deux enfants-jumeaux Jacques et Annabelle âgés d'à peine vingt ans. M. Gautier se met aussi à la place d'observatrice, notant les faits et gestes de chacun, la vie de la famille Lethuillier et ses relations avec les voisins, les habitants du village. Son roman commence avec Henri qui paraît être un homme sage et paisible et qui s'avère être un tyran familial, comme les pages suivantes, très vite nous le décriront. Lorsqu'il se retrouve seul dans cette grange, Henri doit faire une sorte d'auto-analyse, exercice pas aisé pour lui qui ne plie jamais et onques ne se remet en cause.

Le roman est admirablement construit, un début quasi anecdotique - la balade d'Henri à travers champs et le changement de physionomie de nos campagnes-, puis très vite la tension s'installe et ne redescend point. Ce type est ignoble, mais on ne comprend pas vraiment qui lui veut du mal et pourquoi. En fait, on devine, ou plutôt on croit deviner mais des doutes subsistent, et lorsqu'on le sait on attend les raisons du kidnapping, les vraies, les profondes. Car chacun à tour de rôle s'interroge sur l'isolement d'Henri, lui bien sûr, mais aussi ses enfants et Adèle son épouse qui se reproche beaucoup de choses, qui se remet en cause, elle elle peut le faire contrairement à lui. Et au lieu d'une introspection du kidnappé, on assiste à celles de tous les membres de la famille.

C'est aussi un roman rural, dans nos compagnes changeantes et profondes qui gardent néanmoins de vieux réflexes : tout se sait par le commérage, les peurs des uns devant la différence des autres (Adèle est la fille d'une sorcière qui soignait tous les habitants qui eux niaient avoir recours à ses services ; Adèle a préféré taire la transmission de ce don), les jalousies...

Écriture rapide et prenante qui permet d'aller au plus profond des êtres. Peu de fioriture, simplicité et efficacité avant tout, pas toujours le plus facile à obtenir surtout sur un premier roman ; Maryline Gautier entre en littérature en frappant un coup qui devrait laisser quelques traces, du moins, je le lui souhaite.

L'HOMME DU PARADIS

Philippe Bouin

Presse de la Cité

par
4 août 2015

Revoilà Archi déjà rencontré dans Le vignoble du diable et Les chais des ambitieux. Toujours aussi bon vivant et impliqué dans le bien-être de ses administrés et de Xa. Le village est au complet avec ses différents habitants : des sympas, des drôles, des tête-de-cochon, des bigotes, des anticléricaux et même un curé africain, le père Goma qui me plaît bien, car loin d'être un dévot, il adapte les principes de l'Église aux situations et à l'évolution des mœurs ; il a connu et vécu des horreurs dans son pays d'origine et depuis, il relativise beaucoup, ce qui est une de ses grandes qualités. On est loin de Don Camillo et de Pepone, car là, le maire et le curé s'entendent pour tout et se comprennent à demi-mots. Par contre, les villageois ressemblent un peu à ceux du village du curé italien, c'est donc avec beaucoup d'humour que Philippe Bouin raconte son histoire.

D'abord, je salue sa belle idée de commencer son roman par le numéro 1 de Villages en folies, qui lui permet de refaire le point sur tous les personnages principaux de sa série et donc de nous les remettre vite en mémoire ; on entre donc tout de suite dans le vif du sujet. sa langue est patoisante (?) et joue avec des effets de niveau, un mot parfois désuet -notamment certains dont j'use moi-même : "icelui, icelle"- ou d'un langage châtié émaille les phrases collant ainsi à Archi, qui est très ancré dans son village, mais très original, il s'habille avec des vêtements exotiques (Inde, Tibet) a un catogan et n'a jamais oublié son passé de juge puisqu'il s'en sert encore pour mener ses enquêtes. Atypique, il n'habite pas un superbe loft, mais un manoir assez moche, mal meublé et mal décoré auquel il ne peut rien changer tant que ses parents vivent encore. Bougonne la femme-à-tout-faire est fidèle à son surnom, mais surtout aux petits soins et Tirbouchon, le labrador d'Archi, eh bien il ne lui manque que la parole puisqu'il comprend tout et s'agace même qu'on puisse en douter.

Et l'intrigue dans tout cela ? Elle tient jusqu'au bout, je devrais même dire, elles tiennent jusqu'au bout puisqu'il y en a deux. P. Bouin modernise le thème du corbeau en en faisant un animal connecté, parle de ce phénomène détestable qui a cours sur la toile qui autorise les propos infamants et diffamants et parfois franchement dégueulasses en toute impunité puisque les pseudos permettent l'anonymat.

Un roman très bon, léger, drôle, bien ficelé, avec des personnages qu'on aime à retrouver, avec de la bonne bouffe, du bon vin -je suis plutôt amateur de ceux du sud-ouest, mais si un viticulteur du beaujolais me lit et qu'il veut me faire changer d'avis, il y a un onglet "contact" en haut de la page (à force de demander, on ne sait jamais...)- ; bref une série vraiment agréable, si vous le pouvez, commencez-la dès le début et dégustez sans modération

La Madrivore

Christophe Lucquin éditeur

par
8 juillet 2015

Deux récits dans ce roman de Roque Larraquy qui finiront par se parler. A priori pas vraiment de points communs entre eux, quoique l'artiste du second n'hésite pas à user de son corps pour ses œuvres. Imaginons qu'en 1907, les scientifiques recueillent des propos intéressants et qu'en les combinant ils en fassent des textes forts, poétiques, ... certains avant de crier au scandale crieraient au génie et à l'œuvre d'art... Mais revenons à la clinique de Temperley au début du siècle dernier. Les docteurs sont tous plus barrés les uns que les autres, on se croirait dans une aile psychiatrique, mais côtés patients. Ce qu'écrit Roque Larraquy est terrible, horrible, puisqu'ils choisissent des patients très malades pour abréger leur souffrance mais surtout pour parvenir à leurs fins d'expérimentateurs. Malgré cela, on sourit beaucoup, voire même on rit, parce que le texte est bourré d'humour. Noir évidemment, morbide. Notamment dans les tentatives des médecins de conquérir Menendez, l'infirmière-chef. Malgré la lourdeur du contexte, l'ambiance reste potache, bon enfant, légère, ou alors c'est moi qui ai décidé de le prendre comme tel pour éviter de sombrer, mais je ne crois pas m'être trompé, jugez plutôt avec cet extrait issu de la procédure officielle pour recruter et tester les patients :

"Le jour de l'entretien, le professionnel se présentera le front dégagé, sans excès de gomina. Il fera entrer le patient et lui proposera du thé ou du café. Le caractère inattendu d'une telle proposition, si éloignée des conventions habituelles d'une consultation médicale, le préparera à recevoir la terrible nouvelle : le sérum de Beard n'a pas fonctionné et le décès est imminent. Une fois la nouvelle mise sur le tapis, vous observerez un silence respectueux durant lequel le patient fera ce qu'il veut avec sa douleur. Le silence ne devra pas dépasser les deux minutes, moment où le médecin se lèvera de sa chaise, franchira la barrière du bureau pour venir taper sur l'épaule du patient avec une ou deux mains. Si le patient se montre réticent au contact physique, le médecin lui fera comprendre que ce geste de compassion n'est pas en option." (p.62/63)

Le second texte sur la création artistique est moins drôle, sans doute parce que le sujet est lui-même plus léger. Il pose des questions sur l'art en général. Qu'est-ce qu'une œuvre d'art ? Jusqu'où peut aller l'artiste ? La mutilation ou la transformation du corps mises en scène sont-elles de l'art ? Le premier à avoir une idée parfois bête, comme Duchamp avec son urinoir, peut se prévaloir du titre de découvreur, mais les suivants ne sont-ils que des imitateurs, des profiteurs d'un système qui glorifie les performances ? Voilà pour certaines questions qui me sont venues en lisant ce court texte sur cet artiste provocateur qui ne cherche qu'à faire parler de lui en bien ou en mal, surtout en mal d'ailleurs, histoire d'exister aux yeux de tous.

Un récit très différent du premier qui le rejoint néanmoins d'une manière fine. Il y est question de corps également, de l'intégrité d'icelui, de ce que l'on peut faire avec... enfin plein de réflexions qui méritent qu'on s'y arrête un instant. De manière générale, les livres parus chez Christophe Lucquin méritent d'être lus. Ils sont souvent décalés, barrés, fous, toujours bien écrits et vraiment originaux. Celui-ci, comme les autres, n'échappe pas aux yeux acérés de l'éditeur qui malgré de grosses difficultés financières (voir sa demande de participation sur Ulule) fait preuve d'un discernement rare et d'audace quant à ses choix littéraires.

SOUS LES PONTS
par
8 juillet 2015

Jean Clément vient d'être assassiné. Son ex-femme, Catherine est arrêtée par le capitaine Maugrart de la police de Lille qui ne sait pas trop quoi penser d'elle, sauf qu'il ne la croit pas coupable mais qu'il est certain qu'elle lui cache des choses importantes pour son enquête. Sophie, la fille de Catherine est choquée par cette arrestation, elle ne peut se l'expliquer.

J'ai lu et bien aimé les deux romans précédents de Michel Bouvier qui sait allier sens du rythme, personnages bien croqués et surtout une belle plume. Du polar littéraire (cf. le très beau Lambersart-sur-Deuil et Le silencieux). Pour ce troisième polar, tout partait très bien. J'y retrouvais cette belle langue qui me plaît et les deux narrateurs aux formes de discours très différentes, ça me plaisait aussi. Quelques descriptions rapides et excellentes "... Mme Chausson, une espèce de grande dinde toujours parée pour Noël, a fait les yeux ronds de celle qui débarque d'un voyage en Chine et n'a répondu que des sottises de mère poule offusquée." (p.21). Le rythme, lent, collait parfaitement aux méthodes du capitaine Maugrart. Et puis au bout d'un moment j'ai décroché, même les belles longues phrases ne m'ont pas retenu.

Je suis désolé M. Bouvier, j'aurais tant aimé retrouvé en ce roman ce que j'avais trouvé dans les autres. Je note de manière positive votre changement de style, dans la continuité, avec un langage plus oral et plus familier pour Sophie, des anglicismes francisés -j'aime beaucoup, ça fait très Queneau- "ticheurte", "djinne", mais cela n'a pas suffit. Néanmoins, malgré cet échec de lecture, je vous relirai avec grand plaisir, du polar littéraire ce n'est pas tous les jours qu'on en a sous la main.

Le cercle des plumes assassines
par
8 juillet 2015

Dorothy Parker, critique, scénariste, poétesse fut un des membres actifs de la Table Ronde de l'Algonquin, un hôtel du New York des années vingt. Lorsqu'un critique est découvert mort sous cette table, elle se mêle de l'enquête au risque de se mettre en danger, elle et son nouvel ami, un jeune homme du sud venu dans cette grande vile pour tenter de se faire un nom dans l'écriture, William Faulkner.

Pas inintéressant ce roman, mais il y a un je-ne-sais-quoi qui ne m'y retient pas. Et pourtant, au départ, j'étais motivé : l'époque, la prohibition, l'ironie et le décalage de ces intellectuels new yorkais, ce détachement dont fait preuve Dorothy Parker, qui n'a pas le sou mais vit comme si elle en avait, à crédit et grâce à son bagou. C'est léger, drôle... et un peu vide. Je m'y suis ennuyé assez vite et malgré les beaux personnages le plaisir n'y est pas totalement. Peut-être aurait-il fallu en faire plus sur eux, sur l'époque, planter un contexte plus fort, plus présent, parce que l'intrigue en elle-même est fine ?

Néanmoins, ce roman peut plaire par son ton léger et optimiste, son écriture pour tous même si l'on ne connaît rien de ces années folles.