Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

L'armoire des robes oubliées
par
13 février 2012

Riika Pulkkinen a une trentaine d'années et fait preuve d'une sorte de sagesse, au moins d'une grande observation des siens ou d'une étonnante maturité pour résumer ainsi en quelques phrases bien senties ce qui peut faire l'objet de discussions interminables. Étudiante en littérature et philosophie, son cursus l'a sûrement aidée à construire et écrire sa réflexion pour le plus grand plaisir du lecteur.

Mais elle sait aussi se laisser aller et son livre est empli d'expressions, de paragraphes étonnants, quasi surréalistes, très poétiques à propos des animaux, des hommes, de l'amour, des fleurs, de la nature : "Derrière la fenêtre les racines des fils de la vie ont peut-être déjà commencé à s'accrocher à la terre. Les pommiers en fleurs, leur éclat innocent, un peu étonné de soi-même, comme une communiante qui aurait pour la première fois passé une mini-jupe et compris qu'elle la rendait attirante. Tout fut un instant à sa place, juste comme il se devait." (p242) J'aime beaucoup l'image de cette communiante en mini-jupe, qui arrive dans cette phrase par le biais d'une image totalement improbable, mais je confesse, mon père que ça doit être mon côté pervers qui fait des siennes ! Ceci étant, c'est pas moi qui aie commencé, c'est Riika !
Tout cela pour dire que lorsque vous aurez entamé la lecture de ce roman (car je ne doute point que vous le ferez), vous risquez bien de ne pouvoir vous arrêter, charmé(e)s que vous serez par le mélange de Riika (maintenant qu'on a parlé de la communiante, je me permets de l'appeler par son prénom) : entre observation des liens amoureux et familiaux très réalistes, digressions oniriques et réflexions justes et clairvoyantes. Bonne lecture de ce très bon roman nordique et qui en plus réussit l'exploit de n'être pas un polar !

Les grand-mères, roman
par
13 février 2012

L'auteure réussit en peu de pages à décrire ses 4 personnages principaux (Lil et Roz et leurs fils, Ian et Tom), à instaurer des liens tenaces et indéfectibles entre eux. Même les relations entre mère/fils, garçons/femmes, garçons entre eux et mères entre elles sont suggérées plus que franchement dites, mais aucun doute ne subsiste, le lecteur sait vraiment à quoi s'en tenir. Un rien poétiquement, Doris Lessing aborde des questions aussi tendues que l'identité sexuelle, l'identité tout court, l'amour filial, la reconnaissance envers ses parents, ...
Quels personnages ! Je pourrais même écrire : quelles grands-mères !

Car bien sûr c'est d'elles dont il est le plus question, elles qui dirigent leurs vies et celles de leurs garçons. Des maîtresses-femmes. Oedipe n'est pas loin, qui traîne quasiment dans toutes les pages. Et encore cette prouesse de l'auteure qui en quelques mots raconte la vie de Lil et Roz. On a l'essentiel et point de superflu, loin de ces sagas qui traînent en longueur et qui au final apporte moins qu'un livre comme celui-ci. Parce qu'en plus, Doris Lessing ajoute des paragraphes sur divers sujets comme par exemple la beauté. J'aime beaucoup l'extrait qui suit dans lequel elle parle de Ian et Tom : on peut ne pas être en accord, mais il est tellement bien écrit :
"La beauté des jeunes gens, bon, ce n'est pas si simple. Les filles, oui, pleines de leurs oeufs appétissants, nos mères à tous, c'est normal qu'elles doivent être belles, et d'habitude elles le sont, ne serait-ce même qu'un an ou un seul jour. Mais les garçons, pourquoi ? A quelle fin ? Il y a un âge, un âge éphémère, vers seize, dix-sept ans, où ils ont une aura poétique. On dirait de jeunes dieux. [...] Ils n'en ont souvent pas conscience, se faisant davantage l'effet de paquets mal ficelés qu'ils essaient d'empêcher de se défaire." (p.34) (Ah, comme ils sont loin les temps de mon aura poétique ! J'en suis maintenant au charme des tempes grisonnantes voire grises.)
Un roman absolument passionnant et dérangeant, "décapant sur les non-dits et la dissimulation" est-il écrit sur la 4ème de couverture. Je suis vraiment bluffé par la concision de ce roman et le nombre de questions qu'il aborde, l'air de rien, presque légèrement. Évidemment, je suis tenté par le reste de la production de Doris Lessing, mais j'ai peur d'avoir commencé par le meilleur.

GRIBOUILLIS LIVRE + CD

Maron Bouillie/Ayerb

Enfance Mus Liv

par
13 février 2012

Pascal Ayerbe fait de la musique avec des jouets, des objets détournés de leur usage premier : objets de la maison pour la plupart. Marion Bouillie fait la même chose mais dans l'illustration des chansons du "gribouilleur sonore". Ce qui donne un livre + CD original.
Les "bidouillages visuels" sont colorés, drôles, bien mis en scène, parfois sur fonds blancs, parfois sur des fonds dessinés. Beaucoup d'idées bien exploitées.
Les musiques sont du même tonneau. Je connaissais déjà cet album de Pascal Ayerbe, mais un peu différent. Là, il ajoute des voix d'enfants qui discutent, racontent des bêtises, des histoires à ces mélodies. Le résultat plait aux deux petits de la maison (7 et 9 ans) surtout l'air qui reste bien dans la tête : P'tit vélo ("Moi, j'ai un p'tit vélo, qui fait d'la musique")
Les deux adolescents ne goûtent point ce genre de musique, plutôt versés dans des choses plus "adultes".
Les deux grandes personnes aiment bien. En fait, moi, j'adore. Bon, je préfère lorsque les enfants se taisent (d'ailleurs à la maison, ils ne parlent que s'ils ont levé le doigt et s'ils en ont eu l'autorisation. Non, mais !). Mais je suis dans une période où j'aime écouter de la musique seule, sans paroles. L'idée est originale et le résultat souvent beau et toujours mélodique. Loin des standards actuels, et tant mieux !

Des trains à travers la plaine, 4 voyages dans l'univers Bashung

4 voyages dans l'univers Bashung

Claude Chambard, Marie Cosnay, Jérôme Lafargue, Eric Pessan

Atelier in8

par
19 décembre 2011

Ces quatres nouvelles inspirées par les chansons d'Alain Bashung sont à découvrir : chacun pourra y trouver son bonheur. L'oeuvre de Bashung suggère aux écrivains des textes sombres, noirs, mélancoliques. C'est vrai qu'on ne peut pas dire que le chanteur interprétait des bluettes légères. C'est une très belle idée d'avoir demandé à des auteurs d'écrire sur ce thème, en tant qu'amateur de l'artiste, j'ai eu énormément de plaisir à lire ces nouvelles. Une toute petite préférence pour les deux premières citées, mais les deux autres sont très bien également. Le conseil ? lisez les quatre !

L'Enfant de la neige, roman
par
16 décembre 2011

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas spécialiste du Moyen-Age et donc s'il existe des clichés, des erreurs, des anachronismes, je ne saurais les débusquer. Je le précise parce que j'ai lu un article particulièrement virulent sur ce thème concernant ce roman (ici, si vous voulez plus de précision). J'ai donc pris ce livre pour ce qu'il est : un bon roman initiatique qui se passe au XIIIème siècle, un conte.

Nous voilà donc en plein coeur d'une intrigue et d'une région dans laquelle les hérétiques étaient nombreux. L'Eglise et ses représentants n'ont pas forcément le beau rôle, mais l'époque n'était pas franchement à la rigolade sur ces questions de religion (de nos jours, bien sûr, nous pouvons parler de tout, Charlie Hebdo incendié et des pièces de théâtres villipendées sans avoir été vues ne sont que pures pratiques d'ouverture et de tolérance !). L'Inquisition faisait brûler quiconque pensait -et proférait- différemment, sous prétexte de sorcelleries ou autres hérésies. Mais l'amour rôde et Jaufré qui ne rêve que de le chanter pourrait bien le voir de très près. Henri Gougaud oppose donc malicieusement cette haine de la pensée différente à l'amour charnel et spirituel. Ses personnages sont bien décrits, sûrement caricaturaux pour certains, mais d'autres sont plus complexes, comme Vitalis, ce moine copiste qui ne sait faire une phrase sans jurer ; c'est un vieil homme qui a probablement perdu la foi -du moins celle de l'époque en la personnification de Dieu-, mais qui a gardé un amour immense pour les livres et son métier de copiste qui permet la diffusion d'iceux. Pour le plaisir voici sa première intervention :

"Par les couillons du père pape, j'aurais dû tirer le verrou. Ne reste pas planté, andouille, entre donc, puisque tu es là. Pose ton cul où tu voudras mais tais-toi, silence, motus ! Laisse-moi finir cette page." (p.56)

C'est évidemment le plus truculent de tous, celui qui sait mais qui se tait. Comme dans tout bon roman, chacun sait des choses mais ne les dit pas, sinon, point d'intrigue !

Les autres personnages gravitent autour de Jaufré l'aidant à trouver la vérité, certains plus denses que d'autres, tous très vivants. C'est ce qui ressort de cette histoire d'ailleurs : une joie de vivre, un sentiment d'avoir envie de profiter de la vie ! C'est peut-être un Moyen-Age idéalisé, mais qu'importe, les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment, alors prenons du bon temps en lisant !

Ecrit classiquement (avec de faux airs de vieux français dans les dialogues), c'est un roman qui, s'il n'est pas révolutionnaire, ne vous tombera pas des mains. De quoi vous faire passer un après-midi bien agréable au soleil de Pamiers, en des temps reculés, avec des héros bien sympathiques. Jaufré va de suprise en surprise, et le lecteur, sans lire ici de roman policier, pourra trouver du suspense dans la résolution de l'énigme de la naissance de ce jeune troubadour.