Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Le livre de Jessie / journal de guerre d'une famille coréenne
par
20 janvier 2019

1937/1945, c'est la guerre sino-japonaise. Le Japon, qui occupe déjà la Corée, se sent des envies d'expansion. Les membres du gouvernement provisoire coréen, en lutte contre l'occupant sont alors réfugiés en Chine. C'est le cas des parents de Jessie qui naît en 1938, à Shanghai. L'histoire de Jessie est racontée par sa mère à sa petite-fille, la fille de Jessie donc. Cette histoire fut un livre, elle est désormais un roman graphique.

Tout d'abord, ce qui surprend dans ce roman graphique, c'est le noir et blanc et les quelques très rares touches ocre et vertes pour la très courte partie contemporaine. Ensuite, c'est le graphisme : les dessins sont assez naïfs, les visages pas toujours finis, sauf pour les personnages principaux. Les cases sont parfois réduites au minimum et d'autres fois pleines voire débordantes, notamment pour ce qui concerne les bombardements, les explosions. Park Kun-Woong utilise les pages à sa guise : des petites cases, des plus grandes horizontales ou verticales, des pages entières, des doubles pages... Les paysages chinois sont décrits et le dessin succinct les évoque plus qu'il ne les montre. C'est un style particulier qui peut frustrer les amateurs de couleurs et de belles planches léchées, de beaux paysages de montagnes, d'eaux et d'arbres. Mais ce style est là pour montrer la violence et la cruauté de l'exil, de la guerre, des bombardements incessants, les départs précipités, les nombreux déménagements de Jessie et ses parents alors qu'elle est encore bébé et durant toute sa tendre enfance.

J'aime beaucoup, parce que c'est très loin de mes lectures habituelles, j'ai lu quelques romans coréens mais pas de bande dessinée. Et aussi parce que j'ignorais à peu près tout de la Guerre sino-japonaise qui se conclura par la capitulation du Japon après Hiroshima et Nagasaki. Autant dire que j'ai beaucoup appris, et j'ai poussé mes recherches plus loin, me renseignant ici ou là sur ce conflit.

Un gros volume de 400 pages qui se lit avec beaucoup d'intérêt (même si parfois, des pages se répètent et peuvent rendre le récit un peu long), qui permet de découvrir une autre culture du dessin et une histoire terrible, finalement assez proche de ce qu'ont pu vivre les Français et d'autres pendant la guerre, sous les bombardements, avec la question de l'exil en plus. C'est aussi un livre qui parle d'humanité, d'entraide, de la famille, des traditions et de la transmission. Une très belle découverte.

Le venin, Déluge de feu

Déluge de feu

Laurent Astier

Rue de Sèvres

par
20 janvier 2019

Louisiane, 1885, la jeune Emily assiste parfois aux ébats de sa mère, prostituée. Sa mère qui la néglige et ne montre pas beaucoup son amour. Au contraire, elle la houspille sans cesse, surtout que la jeune Emily est curieuse.

1900, Colorado, Emily a grandi et débarque dans une petite ville pour épouser Ben Cartridge qui, malheureusement, est mort deux semaines auparavant, les voyages sont longs dans le Far West. Emily n'a d'autres ressources que se diriger vers le saloon local qui lui propose un travail d'hôtesse.

Tome 1 des aventures d'Emily qui en appelle d'autres donc, et c'est fort bien, car j'ai hâte de la retrouver. D'abord, cette BD-Western au dessin, à la typographie et aux thèmes classiques, laisse un bon goût de BD d'enfance et y ajoute des touches de modernité, notamment par la féminité d'Emily et son combat pour l'égalité de tous les hommes - même les Indiens, ce qui, à l'époque n'est pas courant - et des femmes. Ensuite, elle est sympa cette Emily et l'on sent bien qu'elle a eu une vie difficile qui est en lien avec son désir de vengeance et sa colère actuels. Donc, la suite nous en apprendra j'imagine beaucoup sur cette héroïne qui promet, reine du travestissement, de la gâchette et de la répartie.

Belles couleurs, beaux dessins, scénario finement et habilement alambiqué pour bien nous tenir en haleine, Laurent Astier montre ici toute l'étendue de son talent. De l'excellent travail, comme toujours chez Rue de Sèvres. Si la couverture, que, personnellement, je trouve très réussie, vous plaît, sachez qu'elle est assez représentative de ce que vous trouverez dans le livre.

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B
par
20 janvier 2019

Après avoir été évacué du camp de Poméranie, c'est le retour en France pour René Tardi, père de Jacques. Les accès d'humeur, le réengagement dans l'armée, la naissance de Jacques en 1946, les soucis de santé de Zette sa femme, tout cela remplit les journées de René, désormais libre.

La série de Tardi continue (tome 1, tome 2) et toujours excellente. Cette fois-ci, l'auteur s'attarde sur les années d'après-guerre, et le difficile retour au pays dans lequel le soldat prisonnier peut être mal vu, comme le perdant. René se réengage dans l'armée, part en Allemagne dans une zone gérée par la France, mal vue également puisque n'ayant pas fait beaucoup pour la victoire.

Ces années-là ne sont pas souvent traitées dans les livres, notamment la réinsertion des combattants dans une société qui a changé et qui les voit comme des perdants. Tardi le fait très bien. Il fait dialoguer son père avec lui, enfant. Pas mal d'allers-retours dans cette histoire, absolument pas gênants pour sa bonne compréhension, et le dessin, comme d'habitude, est formidable, des lieux souvent détruits, abîmés, mais aussi en reconstruction, des personnages avec des gueules tardiennes. Enfin, rien que du bon. Chaque ouvrage peut être lu indépendamment, mais le mieux c'est de lire la trilogie entière.

Soren disparu

Dannemark, Francis

Le Castor Astral

par
20 janvier 2019

Soren, la cinquantaine finissante, producteur, musicien, organisateur de spectacles, de festivals, toujours à la recherche de sons, de nouveautés, fou de rock et de jazz et d'influences diverses, disparaît un jour de novembre 2017. La dernière fois qu'il a été vu, c'était sur un pont à Bordeaux. Depuis, rien. Ni nouvelles, ni corps retrouvé. Rien. Des gens qui l'ont côtoyé, approché, aimé, proches ou moins proches témoignent des moments passés avec lui et sans lui.

Voilà une idée qu'elle est bonne de parler d'un homme qu'on ne voit jamais, à travers ses relations amicales, familiales, amoureuses, professionnelles. On devine d'abord puis se fait une idée de Soren, assez précise bien qu'elle reste floue. Je sais c'est contradictoire, mais c'est pourtant comme cela que j'ai pris ce portrait-puzzle. Qui finalement n'est pas éloigné de la vérité. Que sait-on réellement de ses amis, de ses relations, les connaît-on parfaitement ? Preuve que je ne suis pas si mauvais, je viens de retrouver -après avoir écrit ces lignes- une page annotée : "Connaît-on vraiment les gens ? Non, évidemment, quand bien même on ferait le récit complet et minutieusement détaillé de leur vie. Stéphanie a réfléchi un moment avant de me dire ceci : "On n'a jamais que des fragments de ce qui se passe dans le coeur et la tête des gens, des échos." Puis elle s'est tue avant d'ajouter : "Sauf dans l'intimité... Et encore, pas toujours !" (p.14/15) Et ajouterais-je, se connaît-on parfaitement soi-même ?Vous avez deux heures...

Au-delà de la blague éculée, les deux écrivains font un portrait kaléidoscopique de Soren, une image s'ajoutant à une autre quasi contraire. Chaque page et chaque intervenant ajoutent une touche de lumière ou de noir rendant cet homme tellement humain et complexe.

Je retrouve dans cette belle idée très bien rendue, tout le plaisir de lire Véronique Biefnot et Francis Dannemark. L'écriture en duo n'est pas toujours aisée et peut donner des résultats décevants lorsque les deux talents ne s'additionnent pas. Ce n'est pas le cas ici, les deux auteurs parvenant à rendre leur histoire fluide, crédible et comme toujours chez eux, même si le thème n'est pas joyeux, il ne plombe pas. Il y a toujours une lueur d'espoir, une atmosphère saine qui fait que l'on ferme le livre avec un sourire plutôt que des larmes.

L'invasion des imbéciles

Rivière, Tiphaine

Le Seuil

par
20 janvier 2019

Yvonne Letigre, 107 ans, s'ennuie dans son lit à la maison de retraite. Elle finit par allumer la télé, l'abondance d'images la plonge dans un monde parallèle dans lequel elle entreprend un vaste chantier en compagnie d'une extra-terrestre : comprendre les mécanismes d'un virus particulièrement actif sur terre, la bêtise.

Tome 1 des aventures d'Yvonne et de 0'*):YU (prononcer Opiou, c'est le nom de l'extra-terrestre, Yvonne le prononce ainsi). C'est souvent drôle, parfois flippant de voir autant de bêtise incarnée, pour ressembler aux autres, pour montrer sa réussite sociale, pour briller en société, par convention, ... Tous les prétextes et excuses sont bons pour dire ou faire des bêtises. Sommes-nous tous des imbéciles ? Sûrement, à des degrés divers, dans certaines circonstances, ... Je suis persuadé qu'on est toujours le con de quelqu'un ; bon certains sont le con de beaucoup, mais c'est une forme de notoriété.

Plus tard, je veux être vieux et con, c'est ce que je ne me lasse pas de répéter à mes enfants, ajoutant que je m'entraîne tous les jours, que j'ai un bon niveau que je compte encore améliorer. Donc, vous l’aurez compris, le tome 2 des aventures d'Yvonne et Opiou, je le réserve ! Des cours en bande dessinée, ça ne se refuse pas.