Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Les Jango
par
6 mars 2020

Je découvre avec ce livre, Abdelaziz Baraka Sakin, son écriture et son univers. C'est loin d'être banal. L'écriture est imagée en même temps que très réaliste, souvent drôle et parfois grave, légère, multicolore et multiple. En bref, c'est un festival.

Le romancier soudanais parle de son pays mais aussi de l’Éthiopie très proche ou plutôt des habitants de ces pays. C'est un joyeux mélange, un métissage heureux : tous ses personnages sont issus de rencontres et de mélanges qui les enjolivent et les enrichissent. Ce roman est une ode au métissage, à la découverte d'autrui et à la vie ensemble. Les femmes y ont la première place.

Le livre passe du roman au conte, de la fable ou la parabole à l'histoire plus prosaïque et au drame, encore une fois un joyeux mélange. Il n'est pas toujours aisé de suivre les déambulations d'Abdelaziz Baraka Sakin, il faut soit tenter de comprendre phrase à phrase, ce qui n'est pas toujours simple, soit se laisser porter, ce qui me semble être la meilleure des solutions et à cette condition, on peut ressentir ce que j'ai tenté -sans doute maladroitement- de décrire un peu plus haut. Le mieux étant de se faire sa propre idée...

La Baie des Trépassés
par
6 mars 2020

Le corps d'une jeune femme est retrouvé, nu, sur le dos, les jambes légèrement écartées, sur une couverture. Elle a été étranglée, ses yeux sont bandés avec sa culotte. Le commandant Malville, assisté d'Aude, jeune stagiaire, va commencer par trouver l'identité de la victime. C'est chose faite assez rapidement, et l'enquête les dirige vers un groupe de rock du coin, dont le mari Louise, la victime, fait partie.

Franchement déçu par ce roman puisque j'ai déjà lu des livres de l'auteur que j'avais bien aimés : Brumes de sang, Les âmes obscures. Ce polar breton ne décolle jamais vraiment, les deux flics se contentent d'interroger les membres du groupe de rock, sûrs que le coupable est parmi eux ou parmi leur entourage proche. Ils font aussi pas mal de suppositions, un peu agaçantes parce que répétitives. Il y a aussi les moments de blues de Malville, tout juste séparé de Julie, mais qui suscite pas mal d'intérêt dans les yeux des locales et de sa collègue.

Jacques Mazeau s'est attaché à construire des personnages attachants, humains, qui doutent et travaillent méticuleusement. C'est bien, mais c'est long. Quatre cents pages qui pèsent et qui auraient mérité un régime minceur agressif pour devenir un (très) bon polar à lire d'une traite.

Benoit Fabio

Favre

par
6 mars 2020

"Plusieurs voitures ont été fracturées. Une comptabilité truquée, qui compromet un homme d'affaires peu scrupuleux, a été dérobée. Pour se débarrasser du maître-chanteur, l'industriel engage Angel, un homme au passé trouble. Des dossiers liés à une menace terroriste ont également été volés dans un autre véhicule. La police judiciaire déploie des moyens particuliers pour retrouver ces données sensibles. L'enquête mène sur la piste du Serpent, chef du crime organisé lyonnais. Mais, pour faire le ménage, ce dernier mandate un professionnel qui élimine les témoins gênants avec un art maîtrisé de la mise en scène." (4ème de couverture)

Je ne sais plus ce qui m'avait tenté dans ce polar, à la lecture rapide de la 4ème de couverture, parce que je les lis rapidement -parfois pas du tout- pour garder un maximum de surprise. Mais en la recopiant ici, je m'aperçois qu'elle porte en elle ce que je n'ai pas aimé dans ce roman : fadeur, banalité et pas d'implication.

Dans le livre, l'auteur a une excellente idée celle de diversifier les narrateurs qui parlent tous à la première personne et qui ajoutent des briques à l'histoire que l'on reconstitue petit à petit. Mais il se perd aussi dans des considérations psychologiques et dans des détails qui ne servent que peu le récit, l'allongent et le diluent. Dommage, il y a de l'idée, mais une certaine froideur, un manque de lien, un manque d'incarnation qui me gênent.

Pic Pic, André et leurs amis

Patar, Vincent

Casterman

par
6 mars 2020

Pic Pic le cochon rose et André le cheval rouge ont été les héros de strips publiés dans Mosquito, le supplément culturel de l'hebdomadaire belge Télémoustique, de 2000 à 2008. Avant cela, ils avaient goûté aux joies de l'animation, dans les années 90. Pic Pic et André ont des amis récurrents, Éléphant, qui, c'est étonnant est un éléphant bleu très costaud, abutyrotomofilogène -celui-là, il fallait le placer,- et Dany un humain à la chevelure improbable et pratique. Quelques extra-terrestres, verts bien entendu, se joignent parfois au groupe.

C'est belge, c'est complètement tordu, fou, absurde voire carrément crétin. Et c'est ça qui est bien. Philippe Geluck et Benoît Pelvoorde sont fans, bon normal, Dominique A aussi, ah... Moi, j'aime bien les trois et Pic Pic et André. En fait, plus c'est gros, plus c'est con, plus c'est drôle. Les bibliothèques d'André, discothèque de Pic Pic et l'art moderne par Éléphant sont incroyablement loufoques et foutraques, décalées. Un mélange de culture et de n'importe quoi en grosses doses : les conseils pour lire Jean-Paul Sartre m'ont fait éclater de rire, ainsi que la page d'histoire de l'art consacrée à César.

Les dessins sont d'une simplicité telle qu'elle participe à la crétinerie générale, au rire inévitable et à l'envie de tourner la page pour savoir ce qui va arriver au trio Pic Pic, André et Éléphant. Format à l'italienne pour cet album assez épais (chouette, y'en a plus), lisible par tous avec sans doute ce que l'on a coutume de nommer différents niveaux de lecture, mais ça, je n'en suis pas certain, parce que le n'importe quoi poussé à ce stade, ça reste du n'importe quoi. Ils sont fous ces Belges.

PS : abutyrotomofilogène = qui n'a pas inventé le fil à couper le beurre

Brun, Thierry

Jigal

par
6 mars 2020

Qu'est-ce qui a amené Thomas Boral aux alentours de Mazamet, dans la Montagne Noire ? Pourquoi se retrouve-t-il à loger dans une maison très isolée avec pas mal de travaux à y effectuer pour passer l'hiver particulièrement rigoureux dans la région ? Se met-il au vert après son incarcération ? Se cache-t-il ? Il vit en reclus, en solitaire, ne descendant au village que pour y acheter des provisions, pour y descendre une bière de temps en temps, ses rapports avec la population locale se limitent au strict minimum.

Mon résumé est très volontairement interrogatif, car toutes ces questions je me les suis posées dans les premières pages, puisque comme à mon habitude, je n'ai pas lu la 4ème de couverture -ce n'est pas utile avec un livre signé Jigal, ils sont toujours bons. Thierry Brun construit son roman noir très habilement, parlant de faits ou de conséquences de faits dont le lecteur n'a aucune idée, créant ainsi une envie d'en savoir plus. Puis, par petites touches, il expose les événements et les raisons de l'isolement de Thomas s'expliquent. J'aime bien le procédé pourvu qu'il ne soit point trop tortueux, car il oblige à une certaine attention pour ne pas dire une attention certaine, empêchant totalement le lâchage du bouquin. La tension monte doucement mais sûrement, les incident s'enchaînent sans lien apparent entre eux, mais on n'est pas à l'abri d'être surpris.

La nature et les éléments forts : tempête, orages, pluies, ... les reliefs abîmés par les intempéries précédentes concourent à rendre le récit encore plus angoissant. La région paraît belle mais exigeante et semble être l'écrin idéal pour une histoire noire. Thierry Brun en fait un élément fort de son roman, les descriptions sont nombreuses. Et puis, il y a la femme, la fatale, celle qui va tout faire exploser, parce que l'homme est faible dès qu'une courte robe s'agite dans son environnement, c'est l'un des ingrédients inévitables du roman noir : "A près de 38 ans, dont trois passés derrière les barreaux, je ne voulais plus entendre parler de certaines choses. J'aspirais à la tranquillité. Je réclamais du silence, de la solitude et tout ce qui va avec : lire de bons bouquins, écouter un peu de musique classique, me lancer dans de raisonnables runs dans la montagne, couper du bois pour l'hiver, et celui-ci venu, profiter d'un feu, écrire quelques lignes, tenter de raconter mon histoire. M'occuper d'une dingue blessée ne rentrait pas dans mes plans. Les femmes ne m'intéressaient que dans un cadre purement sexuel. Socialement, pratiquement plus du tout. Il me semblait avoir épuisé toute la gamme des expériences possibles dans ce domaine. J'estimais que mon temps était précieux, même si je n'en faisais pas grand-chose." (p. 37)