Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Les naufragés de La Méduse

Deveney, Jean-Christophe

Casterman

par
7 juillet 2020

Théodore Géricault a peint en 1818/1819 l'un de ses plus célèbres tableaux : Le radeau de la Méduse. Le 2 juillet 1816, la frégate la Méduse s'échoue et les canots ne suffisent pas pour tous les passagers. 170 d'entre eux prennent place sur un radeau de fortune. Deux semaines plus tard, lorsque le radeau est secouru, ils sont dix fois moins nombreux.

L'astuce ou la bonne idée de cet album est de raconter en parallèle, l'histoire de l'échouage de la Méduse et les responsabilités du capitaine du bord qui, lui, prit place sur un canot et les horreurs commises sur le radeau pour rester en vie et la genèse du tableau, œuvre gigantesque qui fit beaucoup parler, le drame étant très récent et encore à l'esprit des gens. Scénarisée par les deux auteurs, même si le suspense est un brin éventé depuis le temps, les pages tournent vite.

L'autre bonne idée est de raconter cette histoire à travers quelques personnages emblématiques, réels et survivants, dont certains, Corréard et Savigny, publièrent un témoignage. S’entremêle à cette tragédie, l’histoire de Théodore Géricault (1791-1824), ses amours, sa vie pécuniaire confortable. Si je connais le peintre, j'avoue que je ne savais rien de sa vie assez brève.

J'aime aussi beaucoup le dessin de JS Bordas. Couleurs claires (sauf pour les nuits). Quasi uniformité des tons et traits expressifs. Très bel album, avec en postface un court dossier sur le tableau de Géricault.

Le grand sommeil, Une enquête du privé Philip Marlowe

Une enquête du privé Philip Marlowe

Gallimard

par
7 juillet 2020

Raymond Chandler (1888-1959) fut avec Dashiell Hammett l'un des fondateurs du nouveau polar, du roman noir dans lequel les frontières entre le bien et le mal sont très perméables et dans lequel l'action et la violence priment. [[ ]Le grand sommeil|9782070406470 ], écrit en 1939 (adapté au cinéma avec Humphrey Bogart en Marlowe et Lauren Bacall en Vivian Regan, par Howard Hawks), est traduit par Boris Vian et publié dans la Série noire de Gallimard en 1948.

Et que dire d'autre que "C'est formidable de lire un grand classique du genre" ? Depuis longtemps je m'étais dit qu'il fallait que je le lise, et puis, les autres sollicitations livresques arrivant, je repoussais... Ne faites pas cela, foncez et lisez ce grand roman noir. Tout y est : les bons, les méchants qui changent parfois de place. L'alcool, la clope, le sexe, mais rien à voir avec ce qui s'écrit de nos jours en la matière, pensez donc : de simples photos de nus d'une jeune femme riche et paumée forcent son père à engager un détective !

Il y a surtout Marlowe, un détective un poil blasé, qui fonce et n'hésite pas à braver les gangsters pour arriver à ses fins. Et enfin, l'écriture relâchée de Raymond Chandler, oralisée qui garde néanmoins des traces de classicisme grâce à l'usage du passé simple et de l’imparfait du subjonctif aujourd'hui tombé en désuétude, ce qui est fort dommage. Bref, un classique, un grand classique qu'on trouve aisément. Un conseil : je ne sais pas si d'autres traductions existent, mais préférez celle de Boris Vian, ça double le plaisir. Comment résister à ce qui suit ?

"Au septième étage, je gagnai la suite de petits bureaux occupés par les sous-ordres du Procureur du District. Celui d'Ohls n'était pas plus grand que les autres, mais il l'avait pour lui tout seul. Rien sur sa table qu'un buvard, une garniture de bureau bon marché, son chapeau et un de ses pieds. C'était un homme blondasse de taille moyenne, aux sourcils blancs et raides, aux yeux tranquilles et aux dents soignées. Il ressemblait à tous les gens qu'on croise dans la rue."

par
17 juin 2020

Roman qui parut en 1930, fut traduit en français en 1936 et dont le titre changea quelques années plus tard en le célèbrissime Le faucon maltais (le titre original est The Maltese falcon). Passé à la postérité en 1941 grâce au film de John Huston avec Humphrey Bogart en Sam Spade. Malgré cela, je ne l'avais pas lu et le film est très lointain dans ma mémoire.

Le faucon de Malte est le troisième roman des six qu'écrira Dashiell Hammett après avoir publié pas mal de nouvelles. C'est lui qui révolutionna le genre policier. Il n'y a plus ni bien ni mal, Sam Spade est un détective qui cherche certes la vérité, mais peut s'en arranger si ça l'avantage. Grand buveur, bagarreur, dragueur, il n'hésite pas à se servir des autres pour parvenir à ses fins. C'est aussi l'apparition des femmes qui ne se cachent pas, entre femme-enfant et vamp, Effie Perine, la secrétaire de Sam est ainsi décrite : "La jeune fille, bronzée, grande -une fausse maigre, portait une robe de lainage mince qui moulait ses formes comme un drap mouillé. Ses yeux bruns riaient dans un visage enfantin."

Régulièrement classé dans les polars marquants, je vais -une fois n'est pas coutume- dans le sens commun. Court, rapide, incisif dans les dialogues, noir, tout est excellent. Personne n'est tout noir tout blanc sauf peut-être Effie Perine. On s'attend à tout moment à un bouleversement. Les personnages sont brièvement décrits, le reste, il faut le chercher entre les lignes, dans les réparties et c'est assez aisé. Pour l'intrigue, Dashiell Hammett distille des indices sans les expliquer, ça intrigue, évidemment. Les explications suivent quelques pages plus loin et tout s'emboîte parfaitement, jusqu'à la fin.

Ce roman mythique débute ainsi révélant d'emblée l'ambivalence du personnage principal : "Sam Spade avait la mâchoire inférieure lourde et osseuse. Son menton saillait, en V, sous le V mobile de la bouche. Ses narines se relevaient en un autre V plus petit. Seuls, ses yeux gris jaune coupaient le visage d'une ligne horizontale. Le motif en V reparaissait avec les sourcils épais partant de deux rides jumelles à la racine du nez aquilin, et les cheveux châtain très pâle, en pointe sur le front dégarni, découvrant les tempes. L'ensemble du visage faisait penser au masque sardonique d'un Satan blond."

Psycho investigateur 1 : L'héritage de l'homme-siècle

Courbier, Erwan

Éditions Petit à Petit

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17 juin 2020

A peine remis de son aventure précédente, et sous la menace d'un procès retentissant, Simon Radius est contraint d'entrer dans les souvenirs d'un presque centenaire à la mémoire défaillante qui ne cesse de parler à son fils d'un trésor. Assisté par Maud, Simon entreprend le voyage au pays des souvenirs de l'homme-siècle, mais ce qu'il va découvrir le troublera durablement.

Le redoutable duo Erwan Courbier au scenario et Benoît Dahan au dessin récidive pour ce tome 4 de cette excellente série tortueuse, dans les arcanes du cerveau et de la mémoire. Très documentée, je ne saurais pas dire ce qui est inventé de ce qui se passe réellement dans nos cerveaux. Sans doute les auteurs ont-ils inséré de la réalité dans leur imaginaire ou vice-versa. Simon Radius voyage physiquement dans les souvenirs du vieil homme et ce n'est pas de tout repos pour lui. Il y a des pages somptueuses, comme l'intérieur du château du Perthuis, que l'on visite en même temps que Maud et le psychanalyste. Le jeu avec les cases de tailles différentes, les plus grandes recelant une foultitude de détails parfois anodins, mais parfois importants. C'est une bande dessinée originale, très inventive, entre fantastique et policier. Une BD bizarre qui ne plaira pas à tous, il faut avoir envie de découvrir, d'être curieux et ouvert. Si vous avez cela, aucun doute, elle vous siéra.

Dahan/Courbier

Éditions Petit à Petit

par
17 juin 2020

Simon Darius est psychanalyste, psycho-investigateur auto-proclamé. La capitaine Sandra Brody fait souvent appel à lui, au grand dam de son collègue, le lieutenant Padovani et de ses supérieurs qui considèrent Simon comme un charlatan. Il faut dire que sa méthode n'est pas banale : il entre dans les souvenirs conscients ou inconscients des gens pour cibler la vérité et les confondre ou les innocenter et les soigner. Mais ce que réussit Simon sur les autres, il ne parvient pas à le faire sur lui-même, accablé depuis deux ans par la disparition de Dora, sa femme.

Trois tomes dans cet album : Les fantômes de la culpabilité, Les voies étouffées, Les portes dérobées. Et bonne idée de les réunir, car il y a un fil rouge, celui de la disparition de Dora. Si les enquêtes ne sont pas originales dans le fond, la forme, qui prime l'est totalement. D'abord, la manière qu'a Simon d'entrer dans les cerveaux des gens est étonnante : il voyage physiquement dans leurs souvenirs. Puis, il lui faut assembler les pièces du puzzle ainsi récoltées. Les scénarios sont subtilement tortueux et les personnages finement décrits. C'est drôlement bien raconté. J'imagine la recherche documentaire sur la psychanalyse, les rêves, les troubles mentaux, ... fort bien restituée.

Et le plus de cet ouvrage, c'est indéniablement le dessin. Comment dire autrement que somptueux ? Benoît Dahan joue avec les couleurs, les cases, plus ou moins grandes et nombreuses par page pour différencier la réalité des souvenirs des patients et suspects. J'en suis encore tout retourné tant j'ai adoré. J'ai découvert Benoît Dahan avec Dans la tête de Sherlock Holmes, dont je parlerai ici plus tard, car il fait partie d'une sélection pour un Prix reporté pour cause de virus et qui m'avait bluffé lui aussi. Ce dessinateur invente, innove, il a une patte personnelle remarquable et identifiable.

Dernière précision : ce volume est en rupture de stock chez Physalis, il devrait être réédité chez Petit à petit à l'automne, excellente maison qui a fait paraître le tome 4 de Psycho-investigateur dont je parle très très bientôt. Et bonne nouvelle, sur le site de l'éditeur, on peut se tenir informé de la prochaine parution. Elle est pas belle la vie ?