Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

La veuve du Christ
par
4 novembre 2010

Tout petit roman dérangeant, par le thème abordé bien sûr, mais surtout par le parti pris de la romancière de faire de ce rapt une histoire d'amour. Elle pousse à fond le fameux "syndrome de Stockholm" rendant Lena amoureuse et vraiment dépendante de son ravisseur. Qui au final, pendant ces dix années a profité de l'autre ?

Certes, Victor en se rendant coupable d'un enlèvement et de l'enfermement d'une fillette devenue femme a débuté les hostilités. En l'empêchant de sortir, il en a fait "sa chose" qui, au lieu de lui en vouloir, l'adule. Mais Lena contraint Victor à une histoire d'amour physique, lui qui recherche la pureté des corps et donc l'absence de relation charnelle.

Librement inspiré de la célèbre histoire de Natascha Kampusch, le roman de Anne-Sylvie Sprenger explore les troubles de l'attachement et notre fascination pour les faits divers.

Néanmoins, après ces critiques positives, je dois dire que je crois être passé un peu au travers de cette histoire. Pas vraiment passionné par ces personnages, comme je ne l'avais d'ailleurs pas été pour Natascha Kampusch et son ravisseur. Peut-être mon indifférence au fait divers dirige-t-elle mon manque d'attrait pour ce livre ? J'aurais préféré que l'auteure noircisse un peu plus des nombreuses pages blanches présentes dans son roman, pour épaissir encore ses personnages.

Et puis, je finis par croire que je suis allergique aux fins de livres ou de films : Anne-Sylvie Sprenger finit par une espèce de pirouette inattendue, mais pas totalement imprévisible tout autant inutile à mon sens que caricaturale.

Demain j’aurai vingt ans
par
4 novembre 2010

Michel est le narrateur et Alain Mabanckou adopte un style littéraire collant à un enfant de dix ans. Bel avantage pour ce qui concerne la naïveté de la compréhension du monde : les moyens de diffusion de l'époque en Afrique sont limités : papa Roger est quasiment le seul du quartier à posséder une radio. Je n'ai pas grandi au Congo, mais j'imagine assez bien que la découverte du monde se faisait par ces seuls moyens parcimonieux et que l'imaginaire des enfants s'est forgé à cette lumière. Aujourd'hui, une nouvelle est sur le Net en un temps record, l'imaginaire des enfants en pâtit-il ?

Le parti pris narratif apporte aussi une fraîcheur au récit, l'étonnement de Michel envers le comportement des adultes, ses défis et ses espoirs, son idylle avec Caroline, son amitié avec Lounès, ...

Mon bémol, parce que, bien sûr, j'en ai un vient du fait que je ne suis pas très fan des enfants-narrateurs. Souvent utilisés pour infantiliser ou pour faciliter le discours ce n'est pas toujours une réussite. Là, j'ai hésité entre amusement, frustration et agacement : le style oral de Michel, sur la durée me fatigue un peu. J'avoue avoir passé vite certains chapitres, pour accélérer ma lecture.

Ceci étant dit et malgré mes réserves, j'ai bien aimé l'ambiance, le contexte congolais et communiste dans lequel il ne faisait pas bon être traité d'impérialiste. Alain Mabanckou oublie un peu sa truculence des précédents romans -c'est d'ailleurs un peu dommage !- pour un peu plus d'émotions et de beaux personnages, des femmes notamment : maman Pauline et maman Martine, mais aussi Geneviève, une des petites amies du grand frère de Michel.

Pour finir je ne résiste pas au plaisir de citer l'auteur : "... notre président de la République [...] est à la fois président, Premier ministre, ministre de la Défense et président du Parti congolais du travail, le PCT. C'est vrai qu'on peut vite croire qu'il est trop gourmand puisqu'il occupe ces postes lui-même. Les gens racontent d'ailleurs que lorsqu'il y a une réunion du président de la République, du Premier ministre, du ministre de la défense et du président du PCT, notre président reste tout seul dans la salle pour discuter avec lui-même et il parle d'abord en tant que président de la République, puis en tant que Premier ministre, puis en tant que ministre de la défense, et enfin en tant que président du PCT. Voilà pourquoi cette réunion dure plus longtemps que lorsqu'il est avec ses ministres." (p.69). Toute ressemblance avec des personnages existant en France est sûrement fortuite.

Les chaussures italiennes
par
21 octobre 2010

Quel beau roman ! Très loin des romans policiers du même auteur. Ici, tout est lent, comme figé dans la glace qui recouvre l'île. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Harriet apparait le jour du solstice d'hiver, c'est à dire la nuit la plus longue de l'année.

A partir de cette date, les jours allongent et l'espoir en la belle saison et en un renouveau peut germer.
Comme toujours chez Mankell, les paysages et climats suédois, durs, rigoureux sont un décor fabuleux du livre.
Les personnages sont tous en quête d'un sens à leur vie, qu'ils soient jeunes ou âgés. Henning Mankell ne verse pas dans le larmoyant, mais sait décrire des hommes et des femmes fatigués, seuls, attendant la fin avec crainte et angoisse. Fredrik Welin et les femmes qui l'entourent suscitent de la tendresse, de la sympathie et une sacrée envie de notre part qu'ils réussissent à sortir de ces états léthargiques que sont leurs vies.
C'est un livre très à part dans la bibliographie de cet écrivain : "Mankell nous révèle une facette peu connue de son talent avec ce récit sobre, intime, vibrant, sur les hommes et les femmes, la solitude et la peur, l'amour et la rédemption." (4ème de couverture) Que dire de plus, si ce n'est qu'ayant déjà beaucoup aimé Tea-Bag, qui reste pour moi l'un de ses meilleurs romans, je crois avoir encore préféré celui-ci ?
(Mankell glisse d'ailleurs une petite allusion à Tea-Bag (p185).
Si comme moi, vous avez un (gros) faible pour les livres d'Henning Mankell, ou si vous ne le connaissez pas encore, un seul conseil : précipitez-vous sur Les chaussures italiennes !

L'homme inquiet
par
20 octobre 2010

Ce livre est sous-titré : "La dernière enquête de Wallander". Aussi, en tant que fan de ce policier, je me suis tout de suite reconnu dans le titre du livre : va-t-il mourir ? Part-il seulement en retraite ? Vous comprendrez donc que j'ai dévoré les 550 pages du livre pour savoir comment Wallander disparaissait de la littérature policière.

Bon, je reprends mes esprits et je vais tenter de vous rendre un billet sobre et non exalté : un peu de conscience bloguesque que diable ! Ce livre est génial ! Ah mince, je replonge ! Bon, tant pis, vous aurez le billet d'une midinette apercevant et/ou touchant son acteur fétiche.

Je disais donc que ce livre est génial : j'y retrouve tout ce que j'aime chez Wallander; les longues enquêtes, les fausses pistes, les temps de réflexion qu'il s'impose pour parvenir à retrouver LE petit détail qui change tout. Le contexte géopolitique que Henning Mankell décrit : la guerre froide, les espions pro-Russie ou Pro-Etats-Unis. A ce propos, dans la postface, Henning Mankell écrit : "Je tiens à souligner la différence entre fiction et documentaire. Ce que j'écris aurait pu se passer tel que je le décris. Mais ce n'est pas nécessairement le cas. Ce livre contient de nombreux glissements de ce type, entre faits réels et imaginables. Comme beaucoup d'écrivains, j'écris pour rendre le monde plus compréhensible, d'une certaine manière. De ce point de vue, la fiction est parfois supérieure au réalisme documentaire." (p.552) Oh que je suis d'accord avec son propos ! J'acquiesce. J'opine. Et c'est une des grandes raisons qui me font aimer à la fois cet écrivain et son désormais ex-commissaire récurrent : mélanger la petite histoire de la vie de ses personnages avec la grande histoire et les grands faits historiques. Jamais didactique, Mankell pose des questions au travers de Wallander et explique quelques grandes périodes ou quelques grandes questions de société.

D'ailleurs, revenons à lui, Kurt Wallander, qui se chamaille toujours avec sa fille, qui après un temps d'adaptation se voit assez bien en grand-père. Ce livre est aussi le moment pour un bilan de sa vie : on sent qu'au moment de faire sortir Wallander, Mankell a voulu faire un point complet : les femmes qui l'ont aimé, celles qu'il a aimées, ses enquêtes les plus dures, celles qui lui ont laissé des traces, ses amitiés, les relations conflictuelles avec son père, pour finir avec lui en homme apaisé.

Bref, la fin d'une série qui pour moi restera l'une de celles -sinon celle, allez si, j'ose : c'est celle- qui m'a procuré le plus de plaisir de lecture.

Immanquable ! (Et là, je suis sobre !)

Lu grâce à la Librairie Dialogues que je remercie ; Oh combien !