Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Une enquête de l'inspecteur Korolev, Le royaume des voleurs, Une enquête de l'inspecteur Korolev

Une enquête de l'inspecteur Korolev

Editions des Deux Terres

22,50
par
7 avril 2011

Ce livre est présenté par l'éditeur comme la première enquête de l'inspecteur Korolev. Il est toujours intéressant d'assister à la "naissance" d'un héros récurrent. Enfin, moi, j'aime bien. Et puis, il est assez sympathique ce flic russe. Une quarantaine d'années, vétéran de la guerre 14/18, ancien joueur de football, divorcé et père d'un petit Youri qu'il ne voit plus guère, voilà pour le profil.

Il est empêtré dans une histoire difficile et gêné aux entournures par le NKVD et l'angoisse qui règne à Moscou en cette année 1936. En effet, à cette époque, tout le monde espionne tout le monde. Les dénonciations d'un voisin pour récupérer un appartement plus grand, par exemple, ou simplement parce que ce voisin n'a pas une tête très communiste sont légion. Ci-après, une blague de l'époque qui a valu à son auteur, flic, ex-collègue de Korolev, d'être dénoncé et déporté : "C'est un mouton qui tente de franchir la frontière avec la Finlande. "Pourquoi tu veux fuir en Finlande ? lui demande le douanier. - A cause du NKVD, répond le mouton. Le camarade Staline a ordonné que tous les éléphants soient arrêtés. - Mais tu n'es pas un éléphant, dit le douanier. - Oui, je sais, répond le mouton, mais essayez d'expliquer ça aux tchékistes [les hommes du NKVD.]" (p89)

Cette fois encore, le contexte de ce roman policier est suffisamment dense pour attirer le lecteur et le garder. La peur est omniprésente, l'effroi d'être dénoncé pour rien ajoute du suspense au récit. Même au plus haut du sommet, la lutte existe pour le pouvoir, mais personne n'est sûr de rester au poste qu'il occupe très longtemps. Staline décide, Staline fait et/ou défait les carrières et mêmes les vies. Dès lors, il est donc à peine utile de vous préciser que Korolev se doit d'avancer à pas feutrés, sans faire de bruit ni de vagues. L'enquête prend donc du temps et pour tenter d'en perdre le moins possible, il doit s'allier à la fois à un colonel du NKVD et au chef des Voleurs.

Contrairement à beaucoup d'autres polars, le récit est assez linéaire : il n'y a que trois chapitres disséminés dans le livre dans lesquels le tueur s'exprime, en aparté, tout le reste est consacré à l'enquête proprement dite et à Korolev quasiment présent de bout en bout. C'est plutôt pas mal de quitter un peu le modèle dominant du moment dans lequel le tueur intervient très souvent, en parallèle de l'enquêteur.

Pour conclure, pas mal du tout cet inspecteur Korolev. Convaincant, évoluant dans un cadre fort et peut-être une petite histoire d'amour qui s'annonce ?

Effondrement
par
28 mars 2011

Ce roman est construit en trois parties, chacune s'intéressant à une période différente. La première parle de l'année 1963, celle du mariage de Teti avec Clemente avant qu'ils ne partent ensuite s'installer au Salvador, avec leur fils Eri. C'est une véritable pièce de théâtre : beaucoup de dialogues, très virulents de la part de Lena, beaucoup plus apaisants de la part d'Erasmo. Très rapide, elle ouvre le roman en fanfare. Les quelques phrases qui ne sont pas du dialogue, pourraient être les didascalies de cette pièce. Lena est une furie, une mégère, loin d'être apprivoisée.

La seconde partie, qui va de 1969 à 1972, est un roman épistolaire essentiellement entre Teti la fille et son père Erasmo. La tension est très forte, parce que cette période correspond à des relations très difficiles entre le Salvador (pays dans lequel vit Teti) et le Honduras, avec comme point culminant, la Guerre des cent heures, connue également sous le nom La guerre du Football. Voici d'ailleurs ce que pense Teti de ce sport (?) : "Mon petit papa, je crois que vous, vous êtes une exception : je me souviens encore du jour où vous m'avez dit que la seule fois où vous vous étiez intéressé au football remontait à très loin, au début de votre carrière, [...] vous aviez convaincu les gringos de la compagnie de construire des terrains de football et de former des équipes pour que les journaliers ne passent pas leur dimanche à boire du ratafia et à s'entretuer à coups de machette dans les bistrots. Ce jour-là, j'ai compris que c'est un sport pour les ploucs et les brutes." (p.87). Bon, je frime un peu avec mes histoires de guerre de cent heures, mais n'en ayant jamais entendu parler avant de lire ce livre, j'ai fait mes recherches, ce que je conseille d'ailleurs au lecteur inculte comme moi. Ça aide à la compréhension, et Wikipédia fait un article clair. D'habitude, je ne suis pas très amateur des romans épistolaires, mais là, d'abord, il n'est pas très long, et ensuite, le contexte, une fois renseigné, fait monter la tension très perceptiblement.

La troisième partie est construite comme un roman plus classique, écrit à la première personne du singulier. Le narrateur est l'homme à tout faire de dona Lena, qui raconte cette période entre décembre 1991 et février 1992. Elle clôt ce formidable roman de Horacio Catellanos Moya. Je dis formidable, parce qu'on ne s'y ennuie pas une seule seconde et parce que les personnages sont tous très présents, malgré la très forte personnalité de Lena. Tous ont des choses à dire et à vivre, ce qui n'est pas très évident dans ces deux pays dans les années concernées. L'auteur "dépeint le démantèlement d'une grande famille sur fond d'écroulement politique, dans une ambiance de folie, de conspiration, de suspicion et de conflits." (4ème de couverture). Je n'aurais pas mieux dit, donc je cite. Ce que j'aime également particulièrement, c'est que j'ai déjà lu et beaucoup aimé un roman précédent complètement barré et fou de H. Castellanos Moya, Le bal des vipères (Ed. Les Allusifs), et qu'il est totalement différent de Effondrement. Le seul point commun serait : excessif et maîtrisé ! On peut donc lire les livres de H. Castellanos Moya sans avoir la sensation de toujours lire le même ou la même histoire. Au même titre que son livre, c'est l'auteur qui est formidable.

Le Destin du touriste

Zink, Rui

Anne-Marie Métailié

18,50
par
28 mars 2011

Poussant au paroxysme les comportements actuels de certains, Rui Zink fabrique une sorte de fable absurde. Absurde, parce que son raisonnement se heurte à nos limites, et qu'il pousse le bouchon toujours plus loin. Mais est-ce vraiment si inenvisageable ? Nos comportements individuels ou communautaires ne nous pousseront-ils pas toujours plus loin ? Toujours vers le plus de sensations ? Vers les plus d'émotions fortes ? De défis ? Pour ma part, je vous rassure, je me satisfais de ma vie quotidienne et n'ai point besoin de poussées d'adrénaline à hautes doses pour avancer. C'est probablement pour cela que je qualifie de farce absurde -une qualité pour moi, dans ce cas- le livre de Rui Zink.

En outre, l'auteur ponctue son roman de digressions diverses sur la société, notamment sur la presse et son souci de sensationnalisme : "Et une information de dernière minute : un homme avait été trouvé dans un bunker vivant avec sa fille, devenue son esclave sexuelle qui lui avait donné quatre autres enfants (à lui) qui étaient ses frères (à elle) et donc aussi ses enfants et qui n'avaient jamais vu la lumière du jour." Cette information supplante celle de l'enlèvement de 23 touristes philippins dans la zone : "ils [les Philippins] pouvaient même désormais être découpés en morceaux et jetés aux chiens [...] qu'ils auraient du mal à surpasser ce fait divers : sadisme, pédophilie, inceste, tout ça dans un même paquet ? Un cadeau si merveilleusement empoisonné qu'aucune rédaction, douée d'une raison infaillible, ne pouvait le refuser." (p.106)

Ces remarques, pas toujours très aisées à lire ajoute cependant de la profondeur, s'il en était besoin, à ce livre. Le tout enrobé dans une écriture qui n'omet ni l'humour, ni la dérision ni le sarcasme, plutôt bienvenus pour supporter la puissance du propos.

Le sang et la mer

Vents d'ailleurs

17,00
par
28 mars 2011

Souvent, dans nos billets, nous parlons de livre fort, à raison, mais là, j'aimerais trouver un qualificatif autre, plus... fort. Quel livre ! Quels personnages ! Hérodiane et Estevèl forment une fratrie soudée. L'une est jolie, convoitée par les hommes, jalousée par les femmes, mais elle sait ce qu'elle veut, et surtout ce qu'elle ne veut pas. Mais quand elle rencontre son Prince Charmant aux yeux clairs, les barrières tombent. L'autre, le frère, est protecteur, attentif, fait preuve d'abnégation pour que sa soeur puisse vivre une vie de jeune fille.

Le contexte est terrible : la vie à Paradi, bidonville de Port-au-Prince où une jolie jeune fille est soit mariée, soit plus probablement, vit de ses charmes, certaines sont prostituées par leur propre famille dans le but de trouver un mari ou de rapporter l'argent qui fait vivre tout le monde.

Gary Victor, dans un style simple, direct et franc décrit sans détour le passage à la vie adulte des deux jeunes gens, la découverte de leur pays, de la pauvreté, de l'extrême dénuement des habitants des bidonvilles et de la vie facile des riches, qui s'enrichissent encore sur le dos des plus pauvres : Yvan, le Prince Charmant d'Hérodiane, héritier d'une des plus riches familles du pays lui raconte : "Paradi, c'est le nom qu'ont donné au bidonville ses premiers habitants. Mais le terrain sur la montagne nous appartient. Essaie de comprendre. Plus de mille habitations de fortune louées à l'année en moyenne à quinze mille gourdes, cela fait quinze millions de gourdes, soit trois cent soixante-quinze mille dollars américains environ chaque année sans redevance fiscale. Nous nous arrangeons pour faire croire que nos terres sont occupées illégalement et ainsi, nous gardons la possibilité de nous faire dédommager par le gouvernement. Nous plantons de la misère, nous cultivons de la misère et nous récoltons de l'or." (p.130)

Dès lors, comment croire à la possibilité des Haîtiens de se sortir de leur misère ? Ajoutez à ce constat, des catastrophes climatiques récurrentes, et la situation devient inextricable. Rodney Saint-Eloi, dans Haïti kenbe la ! dit que son peuple est fort, courageux et qu'il saura reconstruire son pays. C'est tout le mal qu'on lui souhaite, mais quel travail à faire !

Une enquête de Rebecka Martinsson, Horreur boréale (Une enquête de Rebecka Matinsson)
par
21 mars 2011

Ça tarde à démarrer, les personnages sont à peine crédibles, notamment Rebecka Martinsson, et l'intrigue traîne en longueur. Il faut attendre une bonne moitié du livre pour qu'il devienne enfin intéressant et que le suspense monte. Bon, la policière, enceinte jusqu'aux yeux, aidée d'un collègue aux moustaches de morse, je peux y croire ; le substitut du procureur, irascible, en colère perpétuelle de se retrouver dans ce trou de Laponie alors qu'une telle intelligence doublée d'un tel charisme pourrait faire de lui un procureur très en vue dans la capitale, je veux bien aussi, bien que je sente poindre une légère caricature ; mais l'avocate fiscaliste, limite anorexique qui trouve des forces surhumaines pour affronter ses propres démons internes et externes et ceux de l'église de la Force originelle et qui dans le même temps doit s'occuper de deux fillettes, elle qui peut à peine s'assumer, là, je n'adhère plus. Pas crédible, même pour un roman policier dans lequel, on sait bien qu'on risque de trouver des situations exagérées, voire totalement fantaisistes. Mais le propre des polars nordiques, c'est justement de confronter ce genre à une réalité tangible ; là, Mlle Martinsson n'est pas réelle !

A part ça, et bien, on retrouve, les joies du climat frisquet -enfin, totalement glacial- de la Laponie, les paysages de neige, de glace, les voitures qui ne veulent pas démarrer, les motoneiges, ... On découvre aussi une description des églises dites libres de Suède qui fait froid dans le dos et qui n'incite pas vraiment à la gaudriole. Mieux vaut les éviter que d'affronter leur courroux. "Comme dans tout pays protestant, l'Église officielle (qui vient seulement d'être séparée de l'État) se double d'une foule de confessions indépendantes (dites "Églises libres") souvent beaucoup plus critiques envers elles que les agnostiques." (note du traducteur, Philippe Bouquet en bas de la page 26). Le contexte de la toute puissance de ces très fortes et très implantées églises libres est très intéressant. Il est bien rendu et crée un climat de tension palpable. Je pourrais dire qu'il rafraîchit le climat, mais vues les températures du pays, ce n'est guère possible. Néanmoins, c'est pour moi le bon point du bouquin.

Pour finir, si je mets dans la balance mes réserves et mes bons points, je ne pèse, en sortant de ce livre pas vraiment plus lourd qu'en y entrant. Concrètement : Pas mal, mais peut mieux faire !