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Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Maudite éducation
par
25 août 2012

Gary Victor au meilleur de sa forme

Roman très atypique dans la forme. Il y a cet homme qui raconte son adolescence, sa jeunesse, et puis cette relation difficile avec Coeur Qui Saigne et plus généralement, la vie en Haïti dans les années 70, la difficulté de vivre dans ce pays extrêmement pauvre, sous une dictature féroce. Carl Vausier n'a pas de chance, d'abord il n'est pas bien dans sa peau d'ado, ensuite il agit en dépit du bon sens parental au risque de se mettre à dos père et mère, et enfin, il ne peut pas dire ou faire ce qu'il veut au risque de se retrouver emprisonné voire pire par les tontons macoutes.

On est toujours entre roman autobiographique (d'après l'éditeur), roman initiatique, roman d'un amour fou et livre de réflexions de l'auteur, mais aussi entre rêve et réalité, deux notions que Gary Victor aborde très souvent :

"Je persiste à croire que ce qui est du rêve se confond avec le passé. Le présent lui-même n'est qu'un espace incertain à peine palpable, déjà évaporé alors qu'on n'a même pas profité de ce qu'il offre. L'homme n'a que ses souvenirs et le rêve est le cadre qui amplifie les perspectives, donne plus de luminosité à la mémoire. Le rêve surtout n'appartient qu'au rêveur. Tandis que nous ne sommes pas les propriétaires de nos souvenirs, car ils ont été souvent construits avec d'autres que nous, par d'autres que nous, qui peuvent avoir sur nos réminiscences des opinions et des sentiments différents." (p.128) J'aime beaucoup cette idée dont il parle que nos rêves sont personnels mais pas nos souvenirs, parfois même les deux peuvent parvenir à se confondre. Ne vous êtes-vous jamais posé la question de savoir si ce que vous pensiez être un souvenir n'est pas un rêve récurrent, qui serait entré en vous comme un événement vécu ? Une autre citation sur un thème similaire : "Flotter entre le réel et l'imaginaire met dans un état de doute permanent et de questionnement." (p.232) L'écriture de Gary Victor incite à passer du réel à l'imaginaire, du rêve à la réalité. Elle est simple, directe, belle et à la fois poétique. Je l'avais déjà remarquée dans son superbe roman Le sang et la mer (à l'époque j'encourageais très volontairement à le lire, conseil -que vous devez suivre, vous ai-je déjà déçu ?- que je ne peux que réitérer)

Mais Gary Victor ne se contente pas d'égrener ses réflexions sur ces thèmes, il parle aussi de son pays. Son pays vendu aux dictateurs, à ses brutes qui représentent la face sombre des hommes (un peu comme le portrait de Dorian Gray cachait celle de son modèle) : "Le Président Éternel, qu'on dit être aussi méchant, aussi inhumain -rappelle-toi qu'il a fait fusiller sans sourciller dix-neuf officiers-, n'est que le miroir qui reflète la bêtise, la violence, le mépris de la personne humaine qu'on cultive tant dans notre société. Il est la quintessence de ce que, malheureusement, nous sommes, notre être véritable, notre pur produit." (p.67)

Il est difficile d'y vivre sereinement, soit à cause de la pauvreté, soit à cause des ses opinions soit les deux en même temps. Carl est écrivain, journaliste et ne peut écrire n'importe quoi, il doit sans cesse composer avec son rédacteur en chef -le censeur- et le pouvoir. Malgré tout, il y reste, contrairement à beaucoup qui émigrent pour vivre mieux.

Et puis Gary Victor parle aussi d'amour. D'amour fou. D'amour passionnel, fusionel. D'amour physique aussi, certains passages sans être grossiers sont très explicites. De la difficulté de trouver le ou la partenaire fantasmé(e)(s).

Enfin, tout cela pour vous dire combien ce bouquin est excellent, beaucoup de phrases ont fait écho en moi, m'ont rappelé certains passages pas très faciles de mon adolescence (rassure-toi, maman, je ne suis pas allé dans les bas-quartiers nantais pour voir les prostituées, ni n'ai vécu dans un bidonville !). Comme quoi, même si les conditions de vie sont absolument incomparables, les tourments du corps et de l'esprit sont universels.

Précipitez-vous sur ce roman de le rentrée 2012 !

Tahoe L'enlèvement
par
10 juillet 2012

Étrange atmosphère qui se dégage de ce thriller : un coin de nature paisible, un détective qui vit peinard dans son chalet près du lac, et cette histoire de détournement de bateau. A partir de ce moment, tout part en vrille : McKenna se pose beaucoup de questions et veut absolument faire la lumière sur cette vieille histoire de meurtre. Évidemment, l'arrestation de Watson ne clôt pas le roman, rebondissements il y a. Le détective va devoir faire face à un gang de néo-nazis particulièrement désagréables pour ne pas dire antipathiques voire carrément à vomir. Mais, McKenna a des ressources, de l'aide d'anciens collègues, de Street et surtout de Spot, son chien, un superbe Danois qui obéit quasiment au doigt et à l'oeil. Un duo improbable quoique pas forcément original : ce n'est pas le premier enquêteur qui officie avec un chien dressé. Spot a cependant, outre ses qualités et ses mensurations tenant à l'écart quelques importuns, un apport comique au récit. Grâce à lui, McKenna s'essaie à l'humour à froid, à l'ironie ou à l'humour décalé : le chapitre pendant lequel il fabrique un pain en répondant au téléphone sous les yeux goguenards et étonnés de son chien, est drôle.

Il est assez difficile ici de le reproduire entièrement, en voici donc un extrait situé au début : Owen expose à Street son envie de faire du pain pour un repas entre eux deux :

"- Et je me rappelle cette tentative de faire des cookies il y a un an.

Elle fit un petit bruit bref, comme un début de rire. Rien de solide, mais c'était une musique enchanteresse après la sombre douleur d'avoir été prise en otage.

- Eh, j'avais éteint les flammes tout seul comme un grand, dis-je." (p.91)

Même si l'humour n'est pas le critère principal de ce polar, il n'en est pas totalement absent. Ni même la qualité d'écriture, plutôt bonne, voire très bonne, ce qui est une excellente surprise, car parfois les thrillers en manquent un peu. Attention, ce n'est pas non plus du Proust, mais bon, Proust n'est pas réputé pour ses intrigues policières : chacun ses qualités ! Le fait est que ce livre se lit très agréablement et je me suis surpris à le lire lentement -le rythme sans doute imposé par la nature omniprésente- pour en profiter un maximum, la grosse première partie au moins. La fin est comme souvent dans ce style de livres, enlevée et beaucoup plus rapide et le dénouement de l'enquête pas forcément inédit est assez intéressant et retors pour tenir le lecteur en éveil jusqu'aux dernières lignes.

Pour finir de vous tenter, voici les premières lignes du premier chapitre, pas forcément très représentatives du reste, mais qui personnellement m'ont tout de suite donné envie de poursuivre ma lecture :

"Une sonnerie stridente. Une sensation humide et froide sur ma joue. Dans mon oeil. Aïe. Une autre sonnerie. Façon désagréable de s'éveiller d'une sieste dans le rocking chair.

La truffe de Spot. Insistance. La truffe d'un danois dans l'oeil, c'est comme un morceau de beurre froid. Je le repoussai, m'essuyai l'oeil d'un revers de manche. Une autre sonnerie. Je louchai. Quelque chose étincelait dans le brouillard de ma vision. La plaque d'identification à l'oreille de Spot, qui reflétait la lumière entrant par la fenêtre. Je regardai l'horloge : 14h47. Autre sonnerie. Je me levai en clignant de l'oeil. Mes paupières étaient engluées par le fluide provenant de la truffe du chien. Cinquième sonnerie. Je passai dans mon coin cuisine et décrochai le téléphone. Celui qui appelait avait raccroché. Je n'entendis que la tonalité." (p.13)

Paraphilia

Editions Toucan

par
10 juillet 2012

Thriller anglais assez lourd à tous points de vue. Primo, par son poids : 520 pages plutôt denses, heureusement découpées en tout petits chapitres, permettant une lecture aisée, rapide et de se reposer de temps en temps, de sortir de l'atmosphère pesante qui fait l'objet mon deuxio. Deuxio donc, et surtout, par le thème principal qu'il aborde : les crimes sexuels concernant des enfants. Dire que l'on ne ressent rien en lisant ce livre est absolument impossible. Les auteurs -puisque Saffina Desforges est un duo d'auteurs anglais- nous plongent totalement dans le monde de la paraphilie et plus précisément dans celui de la pédophilie.

Il y a un discours très dérangeant qui est celui de certains pédophiles voulant faire de leur attirance sexuelle pour les enfants un simple comportement sexuel différent. Certains, dans les années 70, aux États-Unis demandaient même que soit reconnu ce droit à ce qu'ils nomment une sexualité différente, argumentant du fait que dans certaines sociétés, les enfants sont sexués ou qu'il y a longtemps, les gens vivaient tous dans une seule et même pièce et que donc les enfants assistaient aux ébats de leurs parents, entre autres arguments spécieux. Que c'est la société actuelle, moderne qui n'accepte plus la sexualité des enfants, pudibonde qu'elle est devenue. Si le propos est à la limite de ce qu'on peut supporter, ce bouquin a le mérite de faire connaître cette opinion, sans la défendre, en l'exposant telle quelle. Alors, vous dire que l'on se sent mal à l'aise en lisant de tels propos est un doux euphémisme. C'est extrêmement dérangeant, comme rarement je l'ai ressenti dans un livre. Mais d'un autre côté, je me dis que des gens existant réellement ont tenu et tiennent encore sûrement ce genre de propos, et qu'il n'est pas totalement absurde de le savoir pour pouvoir les contredire. L'objectif des auteurs n'est évidemment pas de faire l'apologie des paraphilies quelles qu'elles soient, mais d'exposer les arguments des uns et des autres. Se mettre dans la tête d'un pédophile pour tenter de comprendre ce qu'il ressent et pourquoi il peut passer à l'acte. Pas évident, je l'avoue, parfois abject, jamais rassurant. Bon, je vais arrêter là sur ce thème, parce qu'on pourrait en discuter des heures, mais sachez que les auteurs ont fait le tour de la question assez largement et qu'il n'est pas inintéressant de s'y pencher, même si cela est parfois difficile à entendre, ou en l'occurrence à lire. "Mais vue d'un oeil froid et clinique, la pédophilie ne diffère en rien des autres comportements sexuels s'écartant du modèle visant à la reproduction. Ce n'est qu'une variante de plus du désir sexuel de base, causée par des facteurs génétiques, pathologiques ou socio-environnementaux ; probablement une combinaison des trois. Ce n'est pas pour autant que c'est bien ou mal. Le bien et le mal relèvent de la moralité sociale, pas de la biologie. De l'éthique, pas de la science. Les troubles sexuels sont un domaine de la nature humaine qu'on commence à peine à comprendre." (p.300)

Pour le reste, eh bien, la révélation de l'intrigue n'est pas vraiment une surprise, mais le chemin pour y parvenir est suffisamment tortueux et semé d'embûches pour tenir en haleine le lecteur jusqu'au bout, malgré de longs passages inutiles en milieu de bouquin. Quelques grosses caricatures de méchants flics qui tabassent, de vilaines travailleuses sociales qui n'aiment pas les enfants ternissent un peu le tableau. Ce thriller est noir très noir, violent pas forcément dans des scènes hémoglobineuses, mais dans des scènes d'arrachements d'enfants et encore une fois dans des propos difficiles. Âmes sensibles s'abstenir !

Eloge du non
par
10 juillet 2012

Jean-Claude Lamy part d'exemples pour nous faire son éloge du non : le premier c'est le non peu fréquent -du moins j'espère- mais néanmoins objet de certains fantasmes -peut-être masculins ?- du mariage : "Imaginez la tête de la fiancée ou du fiancé si, devant monsieur le maire, le "oui" décisif se transforme en un "non" fatal. (...) Le pire qui puisse arriver serait un jeune marié qui parte à la sortie de l'église avec le frère de l'épousée. Il a dit "oui", mais, soudain, sa nature reprend le dessus. Son comnig out est un "non" cinglant." (p.12). Suit logiquement un extrait de La non-demande en mariage de Georges Brassens.

Puis de fil en aiguille, ou plutôt en suivant le fil de la pensée et du raisonnement de l'auteur on voit défiler Charles de Gaulle qui a dit non à la reddition française, Rosa Parks qui a refusé de laisser sa place à un blanc dans un bus de Montgomery (Alabama), Martin Luther King, Nelson Mandela, Mère Theresa, l'Abbé Pierre, Coluche, ... Tous ont eu en commun à un moment ou un autre de leur vie -ou tout au long de leur vie pour certains- de dire non. Non à la ségrégation, non à l'apartheid, non à la misère, la pauvreté.

Jean-Claude Lamy balaie le vingtième siècle -et plus loin, puisque on peut lire l'histoire de certains saints de l'église : Saint Vincent Ferrier, apôtre de Bretagne, mort en 1419, et le meilleur de tous cela n'engageant que moi, en toute impartialité-, Saint Yves ! (que des saints bretons puisque l'auteur fait allusion à ceux qui "cernent" sa maison de l'Île aux Moines)

Un très bel éloge qui permet de se rappeler certaines personnes importantes, de celles qui ont fait avancer les sociétés et les mentalités. Dans ces moments où notre pays a tendance à faire des choix très discutables (ai-je besoin de dire ici mon dégoût de voir des députés d'extrême droite entrer au Parlement, parce que certains -de droite comme de gauche- n'ont pas voulu céder leur place ?) il est de très bon ton de ne pas oublier ceux qui ont bousculé leurs contemporains en osant dire non.

Je finirai par une dernière citation, la dernière phrase du livre, je vous laisse y réfléchir, vous avez quatre heures et une copie double : "Penser, c'est dire non" (du philosophe Alain)

Lambersart-sur-Deuil

Bouvier, Michel

Ravet-Anceau

par
10 juillet 2012

Amateurs de thrillers sanguinolents, de polars vifs dans lesquels la rapidité vaut plus que la vraisemblance ou l'intrigue, passez votre chemin ! Ou alors, venez, mais au risque d'être surpris. Nous sommes dans un roman policier lent, écrit. L'un de ceux qui peuvent réconcilier le genre avec la littérature proprement dite. D'ailleurs, est-ce vraiment un polar ? Certes, intrigue il y a. Mais j'aurais tendance à mettre ce livre dans la catégorie des romans initiatiques, de ceux qui font passer un héros de l'enfance à l'âge adulte grâce à des épreuves.

Quoiqu'âgé de 25 ans, Joseph est encore, par ses attitudes, ses atermoiements, un grand ado. Il est extrêmement brillant : thésard en sciences, mais emprunté dans ses relations à autrui en général et aux femmes en particulier. Totalement sous le joug de la religion enseignée par sa tutrice, il n'ose pas vivre comme les gens de son époque de peur de s'attirer les foudres de Dieu. Sa religion -celle que lui a transmise Mme Gorlet- est au centre de toutes ses interrogations : le carcan qu'elle met en place pour qui veut vivre selon ses principes, la culpabilité qu'elle installe dès lors que Joseph veut vivre plus librement ; sans cesse, il y revient, un peu trop parfois, certains passages sont longs et répétés (mais cela est sûrement dû à mon anticléricalisme primaire hérité d'une éducation religieuse dans laquelle j'ai pu ressentir cette culpabilisation, ce carcan)

On est donc dans le roman d'un jeune homme qui se cherche, dans ses émois, ses tourments, ses interrogations concernant les grands sujets de la vie : les origines -pour lui qui est orphelin, c'est d'une importance capitale-, la religion -encore et toujours-, la spiritualité, l'amour, la mort. Un roman du XIXème ou du début du XXième siècle ? Tout pourrait le faire penser, l'écriture, superbe aux longues phrases subordonnées -avec un "dont" magistral !-, l'ambiance qui découle de cette écriture, les hésitations et les questionnements de Joseph qui font plus XIXème que contemporain, la lenteur, ... L'élégance du style, très "vieille France" -prenez-le comme un compliment-, de très bon aloi impose une sorte d'intemporalité voire un anachronisme puisque ce roman est bien situé de nos jours. Dès les premières pages, on entre dans cette belle écriture par des descriptions des personnages, des lieux, des fleurs, des arbres, et même des légumes du potager ! Richesse du vocabulaire, des tournures, emploi fréquent du mode subjonctif -j'arrête ici mes louanges, il m'en faudrait à peine plus pour que je me pâmasse ici, en direct !-, tout cela apporte une "classe" évidente. "Elle portait solennellement les restes au chien, un énorme mâtin qui lui mettait les pattes aux épaules pour lui léchouiller les joues, et dont Joseph avait une peur affreuse, bien qu'il fût toujours enfermé derrière les grilles de son chenil. Joseph craignait tous les animaux, mais plus particulièrement les poules et autres emplumés de basse-cour, qu'heureusement sa tante n'élevait pas ; pourtant, il aimait écouter les oiseaux, les observer parfois, à la condition que ce fût de loin et qu'ils ne bougeassent pas." (p.10)

On sent que Michel Bouvier -professeur de littérature et spécialiste de la littérature française du XVIIème siècle- s'est fait plaisir et nous fait plaisir en écrivant ce roman qualifié de policier, qui me fait quand même plus penser -au risque de passer pour un radoteur et non pas un rat d'auteur (ouais, bof,...- à un roman initiatique au charme désuet plus qu'évident -de l'art de lire des classiques en lisant du moderne- qu'à un polar contemporain.

Un dernier extrait, qui réunit le genre policier à la belle écriture : "L'inspecteur aimait beaucoup la règle ; il l'évoquait chaque fois qu'il pouvait. Joseph fut gêné de ne ressentir aucune émotion quand on ôta le drap du visage de Mme Gorlet. Elle n'avait rien au visage et il vit à peine son cou tuméfié. L'inspecteur l'observait, mais il en fut pour ses frais : s'il s'attendait à le voir pleurnicher, il pourrait repasser. La tante ne manifesta rien non plus. Elle, c'était par cette force d'âme dont, depuis toujours, il l'admirait d'être si bien fournie ; lui, par contre, il ne comprenait pas bien pourquoi il restait souvent froid aux choses dont il craignait pourtant, bien avant de les affronter, qu'elles le bouleversassent, et il avait peur que ce fût par sécheresse de coeur, bien qu'il s'estimât aussi d'être capable de résister à ses sensations immédiates." (p.93/94)

Excellent surprise !