Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Je cherchais une rue
par
29 juillet 2011

Chronique qui sera assez courte, parce que je n'ai pas aimé ce livre. Ou plutôt, il m'a laissé indifférent, pour être franc, je ne peux même pas dire que je ne l'ai pas aimé, je n'en sais rien. On peut compatir à la descente de ce jeune garçon (l'auteur himself !), mais tout ce qu'il raconte a déjà été vu ou lu ailleurs, et ce n'est pas son angle de vue, sa manière d'écrire qui retiennent le lecteur. Tout est fade et insipide, sauf l'histoire bien sûr qui aurait mérité un traitement plus original ou plus fort.

Ou alors, c'est moi qui l'ai trouvé ainsi parce qu'avant j'avais aligné des lectures particulières, passionnantes voire impressionnantes (Anaisthêsia, La vie mode d'emploi, Danser au bord des abîmes, ...). Un peu comme lorsqu'on mange un piment, et qu'on ne peut retrouver le goût des aliments moins forts, classiques avant un petit moment, le temps que s'estompe la brûlure.

Je vais donc m'en retourner en cuisine, histoire de me retrouver si ce n'est un piment, au moins un truc qui pique !

Anaisthêsia
par
26 juillet 2011

Polar violent. Hémoglobine, viandes et os.

Polar rapide : phrases très courtes, rythme des actions soutenu.

Polar noir, sombre : héros désabusé, blasé, totalement déconnecté de la réalité.

Polar atypique : écriture qui intègre des textes officiels, telle la norme concernant la "housse biodégradable Hygéral 100 avec une fermeture en nylon et drap absorbant confirmé au décret 8728 du quatorze janvier quatre-vingt-sept, article vingt-neuf, agréée par le ministère de la Santé et de l'Action humanitaire" (p.10), celle qui renferme les cadavres.

Polar qui, mine de rien, fait un point plutôt pessimiste de la situation dans les banlieues, de l'intégration des noirs et autres personnes issues de l'immigration qui vivent dans les cités de ces banlieues.

Polar qui parle de la revanche souhaitée des femmes. "Tu comprends maintenant ce qu'est le pouvoir. Le vrai pouvoir, le seul. Celui qui libère les entraves. Celui qui inverse les valeurs. Celui qui porte l'avilissement ultime. Celui que vous [les hommes] laissez échapper chaque jour et celui que nous [les femmes] gagnons. Vous avez déjà perdu une bataille qui n'a jamais existé. Nous n'avons plus besoin de vous. Ni pour jouir, ni pour faire des enfants. Ni pour manger, ni pour survivre. Ni pour faire nos courses, ni pour payer les factures. Ni pour l'éducation, ni pour le dressage. Ni pour la joie, ni pour l'accomplissement. Vous êtes des animaux en voie de disparition. "Une denrée périssable"[...]" (p.154/155)

Polar qui parle des gens oubliés des médias et des conversations et de la littérature : les malades, les fous, les handicapés. On pourrait même parfois y voir la cour des miracles, tellement les descriptions d'Antoine Chainas sont noires.

Pas vraiment gai, mais un style, une écriture, un angle de vue, des héros hors normes et originaux. Antoine Chainas scrute les bas-fonds, les perversions de la société, ses tentatives ou velléités d'intégrer tout le monde quelles que soient ses origines. Antoine Chainas, dont j'ai déjà lu Aime-moi, Casanova fait montre d'une oeuvre à part, loin des clichés et des modes actuelles. Il construit des polars très singuliers, et va au bout de ses raisonnements, quitte à choquer.

Polar qui peut déplaire, qui peut dégoûter.

Polar que l'on peut adorer ou abhorrer.

Polar qui ne laisse pas indifférent. Assurément !

Le trésor de la guerre d'Espagne
par
21 juillet 2011

Au travers d'anecdotes et d'histoires, vraies, nous dit l'éditeur, Serge Pey raconte un peu de la guerre d'Espagne. Le narrateur de ces nouvelles est souvent un enfant "pris dans la tourmente des guerres et des répressions. Partout on chasse, on traque et on tue l'enfant des révoltes, le fils des opprimés, qui doit pour survivre trouver les ruses de l'animal" (éditeur)

Remarquablement écrites, ces histoires sont tour à tour drôles, dramatiques ou poétiques. Deux sont particulièrement drôles -même si elles gardent aussi un côté dramatique

:

- Le linge et l'étendoir, où la mère du narrateur communique avec les "rebelles" grâce à la manière dont elle étend son linge : "Ma mère m'avait appris le langage secret du linge séché. Elle était la maîtresse des voyelles de l'interrogation, des consonnes clandestines, et des conjugaisons réalisées avec des lacets de chaussures. Les grammaires de silence, les concordances d'espaces et non de temps, les conjonctions de coordination nouvelles, les accords de participe passé entre des auxiliaires qui n'avaient aucun secret pour elle, car elle était le secret." (p.20)

- Le cinéma : beaucoup plus amusante et anecdotique qui explique comment grâce aux projections de cinéma de plein air, le narrateur est devenu expert en lecture de français... à l'envers !

Les dramatiques, il y eut malheureusement de quoi les alimenter pendant cette guerre :

- Le morceau de bois, où comment on peut devenir enfant-bourreau si l'on n'a pas la force de caractère suffisante : "Le directeur avait mis au point sa méthode. A chaque nouvel enfant qu'il sélectionnait pour en faire un surveillant, il confiait un jeune chiot. L'enfant devait l'allaiter et le faire dormir avec lui. Puis après quelques mois, il le forçait à le torturer, et ensuite, il lui donnait l'ordre de le tuer. C'est ainsi qu'il préparait chaque enfant de la section des Grands à torturer les Petits qu'il voulait faire parler." (p.83)

- L'arrestation qui paraît être simplement le récit d'une arrestation puis d'une évasion, mais qui pousse le raisonnement assez loin et qui contient, à mon humble avis, les plus belles phrases du livre : "Ce wagon a transporté du bétail. Il sent le purin et la paille. Je me dis que nous sommes aussi du bétail et que c'est justement la différence entre le bétail et nous qui fonde l'espérance. Pas la survie. Le bétail lui non plus ne veut pas mourir comme la majorité des camarades de ce wagon. Mais la différence entre le bétail et nous est que nous ne nous échappons pas, mais que nous nous évadons.

Ce n'est pas le fait de parler ou d'articuler des mots qui établit notre différence, mais de mettre en alliance cette parole, avec quelquechose qu'elle ne connaît pas. Parler c'est espérer, sinon nos paroles sont des meuglements. (p.121/122)

Les nouvelles poétiques sont présentes également, notamment dans les histoires concernant les joueurs d'échecs (Le Morse, Echecs et beauté, La partie des profanes), mais celle qui m'a le plus touché est La bibliothèque blanche, où comment construire de la poésie avec les titres des ouvrages lus ou non lus ; un véritable amour du livre-objet, de ce qu'il renferme et de ce qu'il représente.

Il y a beaucoup d'autres nouvelles (17 en tout), courtes, assez différentes les unes des autres, autant dans le thème que dans l'écriture : certaines plus factuelles, plus descriptives et d'autres plus irrationnelles, rêvées.

Vie et mort de Ludovico Lauter, roman
par
26 juin 2011

Qu'il m'a été difficile d'entrer dans ce livre et de le continuer ! Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi précisément. Peut-être le style de l'auteur, ou alors ses digressions très fréquentes, des réflexions en marge de l'histoire, sur la littérature, la liberté, sur la guerre, ... "La littérature, le langage, c'est la communauté, c'est la fraternité, c'est la noblesse même de l'âme humaine. Celui qui n'aime pas la littérature ne peut aimer aucun homme, parce que ce n'est pas du tout la vie en soi qu'il aime, mais seulement la sienne." (p.78/79)

Et pourtant, il y a un je-ne-sais-quoi qui attire et retient le lecteur : l'humour, les portraits des personnages, une certaine fascination pour les ascendants de Ludovico Lauter tous plus ou moins "barrés". Bien décrits, ayant droit quasiment chacun à leur chapitre, ils expliquent la personnalité du héros. Les hommes sont peu glorieux, traîtres et faibles. Les femmes sont folles, mystiques ou jalouses. Par exemple, Hermann "l'Allemand triste", le père de Ludovico :"Comme beaucoup de ses compatriotes -et comme beaucoup d'Italiens, d'ailleurs- Hermann s'était fait à l'uniforme de son armée par lâcheté et par peur. Il avait ensuite découvert avec dégoût que le pouvoir, le droit d'accomplir n'importe quelle mauvaise action, l'enivrait" (p39)

Ce roman dense retrace toute la vie des Italiens depuis le début du siècle dernier : une sorte de saga, le romantisme en moins, l'ironie en plus. Un roman linéaire, chronologique avec de brèves avancées dans le temps lorsque l'auteur revient à Ettore Fossoli, le narrateur, le biographe. Un roman qui fait naître un maître de la littérature italienne et mondiale, qui se plaît à en faire une vraie icône, qui malgré son aura se compromettra dans des livres moins bons, dans des émissions de télé annonçant le début de ce qu'on nomme désormais la télé-réalité. Alessandro de Roma prend un évident plaisir à faire et défaire ses personnages, à créer et détruire son intrigue à loisir. Il montre assez brillamment la force de la création artistique, romanesque, fictionnelle mais aussi ses faiblesses et notamment celles de dépendre de ses créateurs. Il prouve qu'un personnage de fiction, bien que de toutes pièces créé, peut influencer fortement et durablement la vie des lecteurs ou des spectateurs jusqu'à influer sur leurs comportements les plus intimes.

Pour résumer un peu mon propos, que je ne sens pas forcément clair : un roman foisonnant, bien écrit, avec des personnages hauts en couleur, des situations incroyables, qui malheureusement souffre de longueurs et de digressions pas indispensables. Un roman qui, cependant recèle un charme et une attirance tels qu'il est difficile de le refermer avant la fin, malgré des passages que l'on peut passer rapidement, lire en diagonale. La fin -les cent dernières pages- est formidable et contribue grandement à ce que j'ai appelé plus haut une "certaine fascination". A découvrir.

Le Cramé
par
18 juin 2011

Attention, ce livre commence très fort. Sur les chapeaux de roues pourrais-je dire, en utilisant une expression toute faite. Et puis, la suite est... du même acabit. Pas de temps mort. C'est un polar sur-vitaminé. Lecteurs qui n'aimez que les bons sentiments, la lenteur, la nature et les petits oiseaux passez votre chemin. Lecteurs -qui pouvez aimer tout ce que je viens d'écrire- mais qui aimez également parfois de l'action, du rythme, du suspense et des rebondissements, précipitez-vous ! Je ne suis pas spécialiste des romans policiers, mais je ne me souviens pas avoir lu de livre de ce genre aussi passionnant depuis très longtemps, surtout parmi les auteurs français. Rendez-vous compte, 284 pages en petits caractères et pas de temps mort.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas ici et là quelques tout petits reproches : un peu de "name-dropping" (je suis super fier, j'ai appris ce mot il y a quelques jours et je peux le replacer presqu'aussitôt.), peut-être un peu de caricature, mais ils sont noyés dans la rapidité de l'action et l'efficacité de l'écriture.

L'écriture justement, elle est directe, franche et nerveuse, par exemple lorsque Le Cramé est confronté aus réseaux de pédophilie :

"Inutile de demander ce qu'il advenait lorsque le gosse était trop "abîmé". Le Cramé était à cran, il avait compris que les "réseaux" se débarrassaient des gamins dès qu'ils avaient passé la date limite, et renouvelaient leur stock avec des produits frais. Quelle bande d'enfoirés ! Quel monde de merde !" (p.117)

L'intrigue quant à elle rebondit de page en page pour le plus grand plaisir du lecteur. Je ne veux même pas en parler ici pour ne pas déflorer les nombreuses surprises. Les bandits ont du coeur, mais restent des bandits. Les flics ne sont pas tous pourris, loin de là. Même Le Cramé s'en rend compte :

"Il ne pouvait s'empêcher de sourire. Il y avait une chaleur humaine entre ces flics. Leur vie et leur boulot n'étaient pas faciles : les "objectifs", les tentations, les risques de bavure ou de s'en prendre une. Mais ils le surmontaient avec solidarité, jusqu'à l'amitié sans faille. [...] Un peu comme dans ma bande, pensa-t-il [Le Cramé] avec amertume. jusqu'à ce qu'un traître s'annonce sur le pas de la porte..." (p.98)

Vous l'avez compris, j'ai adoré ce bouquin. Je n'ai pas pu le lâcher avant de l'avoir fini, enfin si quand même, parce que mes yeux ont fini par avoir le dessus et se sont fermés tout seuls m'empêchant de finir ma lecture trop tard -ou trop tôt-, mais dès le lendemain matin, j'ai de nouveau sauté dessus.