Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Poussière tu seras
par
15 janvier 2020

Sam Millar, ancien combattant de l'IRA a passé quelques années en prison, ceci est son roman d'entrée dans le noir. Superbement traduit par Patrick Raynal, il est éprouvant. C'est un vrai coup de poing, littéralement. On est presque groggy en en sortant tant l'ambiance est glauque, ouateuse d'un brouillard qui ne se lèverait jamais, je pourrais dire comateux si tant est que ce qualificatif puisse s'appliquer à un polar. Peu d'espoir, peu de lumière et pourtant, on en voit une sur la couverture, pas naturelle, mais serait-ce l'infime dose qui suffit pour ne pas sombrer dans une déprime totale ? J'exagère un peu, à peine. Ceci étant dit, ce bouquin est du genre qu'on ne lâche pas. Il fait frissonner, et l'on se sent bien sur son canapé ou ailleurs, loin des environs sombres de Belfast.

L'écriture est précise, va au plus court. Sam Millar sait qu'il va toucher et n'en rajoute pas dans le gore, les descriptions morbides et sanguinolentes, il n'en a pas besoin. De courts chapitres qui alternent les narrateurs, un coup Jack et/ou Adrian et un autre Joe et/ou Jeremiah, qui donnent du rythme et permettent de souffler. Je vais peut-être lire un truc un peu plus léger maintenant, histoire de revenir un jour à Sam Millar, parce que le pire, c'est que j'en redemande, et pourtant je n'aime ni me faire peur ni me faire du mal.

Juste la première phrase pour mettre en appétit : "Adrian Calvert fit l'horrible découverte à moins d'un mile de chez lui, à Barton's Forest, dans les environs de Belfast, là où les arbres couverts de neige se tricotaient à l'infini, immenses sous le plafond des nuages." (p. 11)

Couleurs de l'incendie
par
15 janvier 2020

Adaptation dessinée du roman du même nom de Pierre Lemaître, paru en 2018 chez Albin Michel et suite de Au revoir là-haut du même romancier et pareillement adaptée par Christian de Metter qui a un talent incroyable, puisque je ne parviens pas à m'intéresser aux romans de Pierre Lemaître, mais ses adaptations BD me plaisent beaucoup. Passée une toute première partie un peu difficile, qui présente la galerie étoffée des personnages et les raisons de leur présence dans le livre, le pli est pris et l'histoire de Madeleine se déroule. Dessin et couleurs apportent profondeur et noirceur, ainsi que certaines pages libres de cases.

La part belle est faite aux personnages plus qu'aux paysages, à leurs relations, c'est une histoire de vengeance, de jalousie sur fond de montée de nazisme en Allemagne et de patriotisme en France et de gros sous. Très bien fait et si, comme moi, certains romans un peu longs ne vous tentent pas, essayez les adaptations BD, surtout si C. de Metter s'y colle. Mais il ne fait pas qu'adapter des romans, il scénarise et dessine dans Rouge comme la neige, et dessine sur un scénario original dans Terre gâtée.

Et ils oublieront la colère
par
15 janvier 2020

Elsa Marpeau écrivaine est aussi scénariste à succès grâce notamment à l'inclassable Capitaine Marleau, personnage qu'elle a créé et que Corinne Masiero interprète depuis quelques années. Elle est aussi scénariste d'autres téléfilms, comme Alexandra Ehle (avec Julie Depardieu) et d'autres encore comme la série Mystère à Paris.

Et ils oublieront la colère est un roman policier dont l'enquête prend la source pendant la guerre. Elsa Marpeau parle des femmes tondues à la libération, parfois sur de simples rumeurs, d'autres fois pour avoir couché avec l'occupant ; et moi de m'imaginer la situation inverse : la France occupée par des Allemandes et non des Allemands, combien de Français auraient été tondus, mais je divague...

Sous des aspects assez classiques, la romancière construit un roman qui ne ménage ni ses effets ni ses surprises. Garance Calderon est un personnage atypique, au passé lourd mais dont elle a su faire une force plus qu'une faiblesse, même si dans certaines circonstances cette force s’estompe. Opiniâtre, décidée, il n'y a pas grand chose qui puisse la stopper dans sa quête de la vérité, surtout si celle-ci vient du passé et qu'elle pourrit la vie de pas mal de gens.

Très bonne surprise que ce roman policier qui me fait découvrir l'écriture d'Elsa Marpeau. A chaque fois que je me disais que l'enquête tombait dans un truc un peu facile, elle avait un sursaut, un rebondissement qui la faisait partir ailleurs, et ça j'aime.

Mariages
par
15 janvier 2020

Recueil de nouvelles qui parlent toutes de mariages, de rencontres, de vie en commun, de séparations, d'amour. Dix-sept histoires qui jamais ne se répètent bien qu'elles traitent du même sujet, vaste il est vrai, à part la première et l'ultime qui racontent l'éveil de l'auteur à la sensualité. "Ma première maîtresse était blonde, soyeuse, pleine, affectueuse, et ce que j'apercevais de sa poitrine veloutée, lorsqu'elle se penchait sur moi pour m'embrasser, dans un nuage parfumé, n'était rien d'autre que ma conception du paradis. [...] Ma quête de poitrines divines auréolées de sourires extatiques me mit souvent dans l'embarras. Je finis même un jour par me trouver ligoté par les liens du mariage. On ne se méfie jamais assez de l'attrait des cérémonies, des romans de cape et d'épées ou des vies de saints." (p. 11/12)

Jacques A. Bertrand raconte les rencontres amoureuses, les "officielles", les adultérines. Le désir aussi, le sexe, car les corps qu'il décrit s'expriment et, à défaut de toujours exulter, ils vivent, parfois subissent, mais -quasi- toujours aiment.

Comme toujours, le nouvelliste fait preuve de malice, de tendresse, d'une ironie douce et d'une langue sensuelle et belle. Il est fin, délicat et au détour d'une description, hop, la petite vacherie drôle, toujours bien amenée, qui génère le sourire, sachant qu'il est toujours au bord des lèvres et qu'il ne demande qu'à s’exprimer. "Il débarque régulièrement le week-end avec des copains et une nouvelle petite amie. Il se lasse vite de ses petites amies, à moins qu'elles ne se lassent de lui ou de la vie de château du Moyen Age. On a connu une Espagnole charmante, une aristocrate italienne un peu snob. En ce moment, c'est une Anglaise, ce n'est pas interdit." (p. 108)

J'ai envie de plein de jolies épithètes pour qualifier les livres de Jacques A. Bertrand. Lorsque je lis ce que d'autres ont écrit sur lui, je ne peux qu'opiner tant, à chaque fois que j'ouvre un de ses livres, je me régale. Si vous n'aimez pas les nouvelles, essayez les siennes, et si vous voulez un très bon conseil de lecture, de ces livres qui marquent, qui m'a marqué, lisez Le pas du loup. Jérôme Garcin (cité en revers de couverture) finit son propos pas deux mots auxquels je souscris : "Quelle classe !"

Cadavres noirs sur fond rouge

Biro, Adam

Cohen & Cohen éditeurs

par
15 janvier 2020

Comédie policière artistique d'Adam Biro, éditeur de livres d'art, écrivain, essayiste, autant dire un spécialiste d'art. Comédie très réussie dans laquelle se côtoient les plus maladroits des malfrats, des espions à peine plus malins et sans scrupules, des conseillers politiques aux dents longues qui n'en ont pas plus -de scrupules-, des flics dépassés, des ex de la Stasi, des héritages de la spoliation des biens juifs durant la seconde guerre mondiale, enfin du drôle et du moins drôle, mais tout cela joliment et joyeusement mis en mots. Ce qui rend le récit drôle, c'est le décalage entre les initiés et les ignares, le recul que prend Adam Biro pour parler peinture et façon de l'apprécier ou pas, la définition de l'art entre les tenants du figuratif et ceux que l'abstrait ne gêne pas. Et puis cette enquête qui révèle bien des surprises autour du tableau qui se promène longuement et autour de Malevitch sur lequel on apprend beaucoup. Et Adam Biro fait preuve d'un second degré que j'aime beaucoup, car si l'art c'est du sérieux, en rire et en faire rire c'est quand même salutaire et indispensable.