Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Retour à Ithaque
par
12 mars 2020

Ce livre est le scénario écrit par Leonardo Padura, du film du même titre réalisé par Laurent Cantet en 2014. J'avais un peu peur de l'ennui néanmoins rassuré par Leonardo Padura. Et c'est lui qui l'a -et m'a-emporté. Scénario excellent qui m'a tenu sans aucun souci et m'a donné envie de voir le film, l'incarnation des personnages tous attachants ou agaçants à certains moments. Dès le début, on sent que Tania en veut à la terre entière et en particulier à Amadeo d'avoir quitté Cuba et ses amis. Puis c'est au tour d'Eddy de passer sur le grill des sarcasmes et critiques, parfois virulentes. On sent que cette agressivité est liée à une peur, à l'abandon de son ami. C'est extrêmement bien fait, les rapports entre les cinq évoluent doucement au cours de la soirée, passant comme on le dit couramment du rire aux larmes. Tout y passe, l'amitié, la trahison, la mort, la vie difficile à Cuba en général et pour les artistes et intellectuels qui ne peuvent s'exprimer librement, la désillusion puisque ce qu'a promis le régime n'est jamais advenu. Chacun y va de son avis, blézimarde, reprend le fil de sa pensée, accuse, se défend et prend la défense. Mais toujours l'amitié est là qui protège ces cinq-là, même lorsqu'ils se disent des vérités difficiles à entendre.

C'est très dialogué, normal pour un scénario, mais La Havane est très présente, et Cuba et ses espoirs et déceptions.

Ce scénario est complété de chapitres qui racontent la genèse du film, son tournage et l'après.

par
12 mars 2020

Éloignez les enfants et les prudes, je vais parler de gros engin, de gros kiki comme dirait Zézette. Car l'on sait bien que c'est cela qui mène le monde... au moins qui mène les hommes, et manifestement, dans cet album, qui attire les femmes. Le décor est exotique, un royaume ancien en Chine. Le dessin est très coloré et si le trait n'est pas celui que je préfère, sans doute un certain manque de netteté qui fait que quelques personnages ne se reconnaissent pas aisément, sauf Lao Aï, mais lui, il a un atout qui fait qu'on ne le regarde pas dans les yeux, cette BD se lit aisément. Mo y traite de pas mal de sujets importants, outre l'hypertrophie bitale de son héros. Le pouvoir et son attrait, la puissance qu'il procure, mais aussi la jalousie de ceux qui ne sont pas aussi favorisés par la nature quelle qu'elle soit (intelligence, don pour les magouilles ou grosse bite...), la griserie de la vie dans les hautes sphères du pouvoir, etc etc.

Bien sûr, tout cela c'est pour faire sérieux, pour que mon article ne soit point trop chaud, car c'est quand même une bande dessinée érotique, aux dessins et propos explicites en même temps que point trop salés ou salaces. Pour autant le public devra être averti.

Propriété privée
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12 mars 2020

J'ai beaucoup aimé Viviane Elisabeth Fauville de l'auteure, je me suis donc plongé dans son dernier roman sans aucune crainte. J'aime bien lorsqu'à partir de faits bénins, de personnages fictifs très réalistes un romancier, en l'occurrence, une romancière, bâtit un roman qui m'embarque. Mon seul bémol vient du format puisque je l'ai lu sur une liseuse et que, décidément, ce format n'est pas fait pour moi.

Mais revenons au texte qui m'a séduit par son ton entre l'ironie, l’empathie, le sarcasme, la vacherie. Tous les sentiments et émotions sont décrits : haine, jalousie, envie, amour, désir... Le quartier est une mini-société dans laquelle ces gens apprennent à se connaître, se lient plus ou moins, parfois beaucoup -sans doute trop aux yeux des conjoints. Ce sont des rapports humains classiques et exacerbés qui se nouent dans ce quartier en construction et en rénovation puisque le système de chauffage révolutionnaire ne fonctionne pas. Il faut donc faire venir des ouvriers et là -quelle transition- j'ai souligné le passage suivant, bien vu et fin :

"Quand je suis descendue à la cuisine le jour suivant, un camion benne barrait l'entrée de la voie. Les ouvriers déchargeaient du matériel. Un quart d'heure plus tard, ils ont commencé à forer. C'était un bruit sans nom qui explosait à l'intérieur des crânes. Il n'était pas humainement possible de le supporter. Et ces hommes qui foraient, casque vissé jusqu'aux yeux, bras rivés à l'engin qui pulvérisait l'asphalte, exécutaient leur tâche avec une tristesse muette. Peut-être songeaient-ils, vibrant au rythme de leur machine, qu'ils s'étaient bien fait avoir en traversant la Méditerranée. Peut-être estimaient-ils, à l'inverse, qu'ils étaient mieux ici. Et peut-être qu'ils ne pensaient rien, transformés en simples prolongements de leur machine." (p.68/69)

J'aime l'écriture de Julia Deck, simple et directe qui va à la fois dans le futile et dans la profondeur et qui sait, au tournant d'une phrase a priori anodine amener une info, une remarque, une opinion ou un questionnement inattendu. Elle fait parler Eva, parfois à la troisième personne, parfois à la deuxième lorsqu'elle s'adresse à son mari. Ce "tu" m'a plu. Il donne un ton intimiste, comme si nous étions avec le couple. Elle nous rappelle qu'on ne choisit pas ses voisins, mais qu'il vaut mieux entretenir avec eux des rapports au minimum cordiaux. D'aucuns pourront dire que son roman part un peu dans tous les sens et que la fin est étonnante. Sans doute. Moi, je me suis laissé totalement faire.

Sois gentil, tue-le
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12 mars 2020

Court roman, dans lequel tout est direct, va à l'essentiel. Les pêcheurs sont des taiseux, ils ne s'épanchent ni dans leur travail, ni dans leurs moments de repos, les repas entre Pascal et Murène ne sont pas exaltés, ni dans le livre. Efficacité, rapidité priment dans cette histoire qui pourtant prend le temps d'aborder la question des migrants et des passeurs d'une manière inédite. Pascal Thiriet ne s'embarrasse pas d'à-côtés, de digressions. D'aucuns nomment ça un roman à l'os, qui va droit au plus profond dans lequel les personnages sont avant tout des Hommes qui vivent en interaction avec d'autres, et même si le dialogue, les ronds-de-jambes ne sont pas leur fort, ils ressentent, aiment ou détestent, agissent en fonction de valeurs qui leur sont propres et même lorsqu'elles peuvent heurter les nôtres, il est difficile de les leur reprocher. De l'humain rien que de l'humain dans les romans noirs de Pascal Thiriet qui a un passé pas très joli joli puisqu'il m'a déjà obligé à me coucher tard avec ses romans précédents : J'ai fait comme elle a dit, Faut que tu viennes, Au nom du fric. Son écriture est orale et colle parfaitement à ses personnages : Murène et Pascal ne sont pas des intellectuels, ils sont simples et parlent simplement et directement, pas de salamalecs. Le rythme est rapide et encore une fois, il est bien difficile de poser le livre une fois entamé, sauf lorsqu'on l'a fini, et encore, on en aurait bien repris un petit peu...

"Quand je suis arrivé à la maison, il faisait presque sombre, rien ne bougeait, ni sur la terre ni au ciel. Si l'on m'avait demandé la couleur de la lumière, j'aurais répondu qu'elle était grise, grise et silencieuse." (p. 5)

La seconde vie de Rachel Baker

Brémeault, Lucie

Plon

par
6 mars 2020

Très bonne surprise que ce roman que je croyais être un polar et qui ne l'est pas. Il est plutôt l'histoire d'une femme qui doit revivre après une tragédie qu'elle a vécue. Construit en six parties, elles-mêmes bâties en chapitres avec deux narrateurs en alternance, l'un change à chaque partie, seule Rachel reste. Très bien fait et plaisant à suivre. Un roman dans lequel les femmes sont omniprésentes, la seule figure masculine est celle de Nick, les autres passent vite et détruisent des vies ou alors, ils ne font que passer un soir dans un lit et sont si peu importants.

Rachel fera un séjour en prison, y dialoguera avec des détenues, cogitera beaucoup, vivra à l'économie. Un chapitre m'a marqué, bien écrit, qui résume en quelques lignes la vie enfermée, une sorte d'inventaire des journées qui se suivent et se ressemblent : "Les semaines passèrent sans que la moindre journée diffère de la précédente. Mila avait cessé de pleurer la nuit, juste après l'extinction des lumières, au bout de deux mois. Trois détenues avaient retrouvé la liberté, six étaient rentrées, cinq bagarres avaient éclaté. On servit douze fois du porridge à la cantine, les toilettes furent bouchées pendant une longue semaine. Rachel avait lu huit livres, vu sa mère au parloir neuf fois, pensé à Nick mille fois. Elle avait participé à trois groupes de parole, pris quarante-cinq douches, fumé douze paquets de cigarettes, pleuré quatre fois dans son oreiller, gratté le plâtre du mur des heures entières en pensant aux prisonniers de Shawsank." (p. 199)

Lucie Brémeault aborde de manière franche et directe le traumatisme, le retour à la vie, la confrontation à l'autre dans des moments et des lieux pas toujours propices, à travers un beau personnage de femme, à la fois forte et fragile qui ne laisse jamais son humanité en berne malgré tout ce qu'elle vit. C'est bien vu, bien fait.