Le livre de la jungle - Texte intégral
EAN13
9782013228367
ISBN
978-2-01-322836-7
Éditeur
Le Livre de poche jeunesse
Date de publication
Collection
LIVRE DE POCHE (LPJ 001133)
Nombre de pages
352
Dimensions
17 x 12 x 0 cm
Poids
180 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
804
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Le livre de la jungle - Texte intégral

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Le Livre de poche jeunesse

Livre De Poche

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TEXTE INTÉGRAL

Rédaction des notes et de la biographie : Philippe Rouet

Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Richard

Illustration de couverture : Olivier-Marc Nadel

© Librairie Générale Française, 1988, pour la traduction.

© Hachette Livre, 1994, pour l'illustration.

© Hachette Livre, 1998 et 2004, pour la présente édition.
43, quai de Grenelle 75015 Paris.

ISBN : 978-2-01-323489-4

Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949
sur les publications destinées à la jeunesse

PRÉFACE

DE RUDYARD KIPLING

Tout ouvrage de ce type fait abondamment appel à la générosité des spécialistes et l'auteur se montrerait à tous égards indigne de la générosité dont il a bénéficié s'il n'avouait toute l'étendue de sa dette.

Ses remerciements s'adressent en priorité au très érudit et raffiné Bahadur Shah, inscrit au Registre indien des éléphants de transport sous le numéro 174, qui, de concert avec sa charmante sœur Pudmini, nous a aimablement fourni le sujet de « Toomai des Éléphants » et une part considérable du matériau inclus dans « Serviteurs de la Reine ». Les aventures de Mowgli ont été recueillies, à diverses époques et en divers endroits, auprès d'une pléiade d'informateurs, dont la plupart souhaitent garder l'anonymat le plus complet. Toutefois, compte tenu de l'éloignement, l'auteur s'estime autorisé à remercier un gentleman hindou de vieille souche, noble résident des hauteurs du Jakko1, pour sa description convaincante, bien que légèrement caustique2, des traits nationaux caractéristiques de sa caste, les Presbytes3. Trois personnages : Sahi - savant d'une patience à l'ouvrage et d'un zèle infinis -, un membre de la Meute de Seeonee4 récemment dissoute, ainsi qu'un artiste célèbre dans la plupart des fêtes villageoises et de l'Inde du Sud, où sa danse muselée en compagnie de son maître attire tout ce que maint village compte de beau, de jeune, de cultivé, ont apporté une somme d'informations extrêmement précieuses, tant sur les habitants que sur leurs us et coutumes. Les récits « Au tigre ! au tigre ! », « Quand Kaa chasse » et « Les Frères de Mowgli » s'en inspirent largement. S'agissant du canevas de « Rikki-tikki-tavi », l'auteur a une dette envers l'un des plus éminents erpétologistes5 de l'Inde septentrionale, chercheur aussi intrépide qu'indépendant, qui, ayant résolu « non point de vivre mais de savoir », a récemment fait le sacrifice de sa vie en étudiant avec un soin trop assidu nos Thanatophidia d'Asie6. Un heureux concours de circonstances permit à l'auteur, alors qu'il voyageait à bord de l'Impératrice des Indes7, d'être de quelque secours pour un compagnon de traversée. Ceux qui liront « Le phoque blanc » jugeront par eux-mêmes à quel point ses menus services ont été richement payés de retour.

1. Montagne des contreforts de l'Himalaya.

2. Moqueuse.

3. L'« hindou de vieille souche » est un langur (Presbytis entellus), singe à longue queue, au pelage argenté et à la face noire, considéré comme sacré et nourri dans les temples.

4. Localité d'Inde centrale, entre Nagpur au sud et Jabalpur au nord. Le « membre » désigne un loup.

5. Une mangouste, petit mammifère carnivore utilisé pour la destruction des reptiles.

6. Serpents venimeux de l'Est.

7. Navire de la ligne canadienne du Pacifique, à bord duquel Kipling voyagea en 1892, de Vancouver au Japon.

1

Les Frères de Mowgli

Avec Chil le Milan8 vient la nuit,

Qu'affranchit9 Mang, la Chauve-Souris.

Les troupeaux dans l'étable à l'abri,

Nous rôdons en silence à minuit.

Oui ! Place à l'orgueil, à la puissance !

Ho ! croc, serre, griffe, vous vous servez !

À vous tous, ô chasseurs, bonne chance,

Qui la Loi de la Jungle observez !

À sept heures, par une soirée très chaude, dans les monts de Seeonee, Père Loup, qui s'était reposé toute la journée, se réveilla, se gratta, bâilla et détendit ses pattes l'une après l'autre pour chasser la torpeur dont leurs extrémités étaient encore engourdies. Mère Louve était couchée, son gros museau gris enfoui parmi ses quatre louveteaux turbulents et couineurs. Le clair de lune se glissait par l'entrée de la grotte où ils vivaient tous ensemble.

— Waorrh ! lâcha Père Loup. Il est l'heure de repartir à la chasse.

Il s'apprêtait à s'élancer de sa butte, lorsqu'une petite ombre à queue touffue franchit le seuil de la grotte et geignit :

— Bonne chance à toi, grand Chef des Loups ! Bonne chance à tes nobles enfants ! Qu'ils aient de solides crocs blancs et n'oublient jamais ceux qui en ce monde ont faim.

C'était le chacal, Tabaqui, le Pique-Assiette. Or, les loups, en Inde, méprisent Tabaqui, une mauvaise langue qui passe sa vie à semer la zizanie et à fourrager dans les tas d'ordures des villages à la recherche de guenilles et de bouts de cuir. Mais ils le craignent aussi, car, plus que quiconque, Tabaqui est sujet à des crises de rage ; il oublie alors qu'il ait jamais eu peur et sillonne la forêt en mordant tout ce qu'il trouve sur son chemin. On voit le tigre lui-même courir se cacher quand la rage s'empare du petit Tabaqui ; chez les bêtes sauvages, il n'est pire horreur en effet que la rage. Nous parlons d'hydrophobie10, mais elles l'appellent dewanee (la folie) et s'enfuient.

— Si tu veux jeter un œil, entre ! dit Père Loup d'un ton sec ; mais il n'y a rien à manger ici.

— Peut-être pas pour un loup, dit Tabaqui ; mais pour le modeste individu que je suis, l'os le plus décharné est encore un festin. Ce n'est pas à nous autres, les Gidur-log (les chacals) de faire les difficiles !

Et il fila jusqu'au fond de la grotte, où il dénicha un os de cerf sur lequel il restait encore un peu de viande. Il s'assit là, tout à la joie d'en croquer l'extrémité.

— Merci mille fois de cet excellent repas, dit-il en se pourléchant. Qu'ils sont beaux, ces nobles enfants ! Comme ils ont de grands yeux ! Quand on pense qu'ils sont encore si jeunes ! Mais, que je suis bête ! J'aurais dû me rappeler que les enfants de roi sont d'emblée de vrais hommes.

Tabaqui savait évidemment, comme tout le monde, qu'il n'est rien qui porte davantage malheur que de complimenter les enfants devant eux ; l'embarras qu'il lisait chez Mère et Père Loup le comblait de joie.

Campé sur son séant, Tabaqui demeura un moment silencieux à savourer son mauvais tour, avant de lancer perfidement :

— Shere Khan11, le Puissant, a changé de terrain de chasse. À ce qu'il m'a dit, c'est par ici, sur ces monts, qu'il va chasser jusqu'à la prochaine lune.

Shere Khan était le tigre qui vivait sur les bords de la Waingunga12, à une trentaine de kilomètres de là.

— Et de quel droit ? répliqua Père Loup avec colère ; la Loi de la Jungle lui interdit de changer de territoire sans préavis. Il va effrayer tout le gibier à quatre lieues13à la ronde. Or, moi, il faut que je tue pour deux, en ce moment.

— Ce n'est pas pour rien que sa mère l'a surnommé Lungri (le Boiteux), dit Mère Louve posément. Il est né avec une patte folle, ce qui explique qu'il n'a jamais tué que des vaches. Maintenant les villageois de la Waingunga sont furieux contre lui, et il vient ici pour que les nôtres le deviennent à leur tour. Ils vont écumer la Jungle à sa recherche ; lui, il sera déjà reparti, mais nous et nos enfants, nous n'aurons plus qu'à fuir quand ils mettront le feu aux herbes. Ah ! on peut le remercier, Shere Khan !

— Dois-je lui transmettre vos remerciements ? dit Tabaqui.

— Dehors ! clama Père Loup. Retourne chasser avec ton maître ! Tu as déjà fait assez de dégâts pour ce soir.

— Je m'en vais, dit tranquillement Tabaqui. On entend Shere Khan d'ici : il est en bas, dans les fourrés. J'aurais pu m'épargner la peine de vous apporter le message.

Père Loup tendit l'oreille : en contrebas, dans la vallée dont les pentes menaient à une petite rivière, il entendit le geignement sec, hargneux, rageur et lancinant d'un tigre bredouille, qui se moque que toute la Jungle soit au courant.

— Quel imbécile ! dit Père Loup. Entamer une nuit de chasse par un vacarme pareil ! Il s'imagine peut-être que nos cerfs ressemblent à ses gros bœufs de la Waingunga ?

— Chut ! Ce soir, ce ne sont ni des bœufs ni des cerfs qu'il chasse, dit Mère Louve. C'est l'homme.

La plainte s'était transformée en une sorte de...
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