La mère morte

La mère morte

Blandine de Caunes

Stock

  • par (Libraire)
    15 juin 2020

    Bouleversant mais nécessaire

    Chez les Groult, on écrit tout. On aime se confier à la page blanche, y compris pour ses pensées les plus intimes, les plus noires, les plus sexuelles, les plus vivantes, les plus désespérées. C’est une tradition, une nécessité qui perdure de femme en femme. On n’hésite pas quand la la qualité littéraire est jugée suffisante à les publier. Ainsi du remarquable « Journal d’Irlande » de Benoîte Groult (voir chronique), publié de manière posthume par sa fille Blandine de Caunes. Alors il est dans la logique des choses que cette dernière écrive et décrive les derniers mois de la vie de sa mère, note avec précision et douleur, la chute vers un néant nommé Alzheimer.

    Aucun voyeurisme, aucun apitoiement dans la description quasi quotidienne d’une descente vers le néant; trous de mémoire, propos incohérents, perte du sens de l’orientation, incontinence, agressivité, une soustraction rapide, jour après jour, heure après heure des facultés intellectuelles et physiques qui constituent un être humain. Le choc est d’autant plus terrible, que cette descente aux enfers est la copie conforme d’une forme de vieillesse refusée que décrivait Benoîte Groult, dans sa correspondance, dans ses notes ou romans. Se jurant de ne jamais devenir ce qu’elle devient en cette année 2015. Dans « La Touche étoile » publiée en 2006, elle y parle de la vieillesse « qu’on ne peut pas dire », car ce serait « chercher à décrire la neige à des gens qui vivent sous les tropiques. Pourquoi leur gâcher la vie sans soulager la sienne ? ». Elle rejoint alors l’Association pour le droit de mourir dans la dignité.

    La confrontation d’un futur pressenti (la mère et une soeur de Benoite Groult ont été touchées par cette maladie) est d’autant plus rude avec un présent conforme aux prévisions. Blandine de Caunes de son écriture simple et sans floriture, allant à l’essentiel, nous donne à voir, à comprendre, sans pathos mais avec une honnêteté complète sans oublier ce que l’indigence de sa mère lui coûte à elle, ses plaisirs différés, ses priorités modifiées, ses vacances perturbées. Son égoïsme, déjà revendiqué par sa mère elle-même, comme un miroir vertigineux. Benoîte Groult devient ce qu’elle a toute sa vie refusé de devenir.

    Elle a alors 95 ans. La mort, dans sa violence, porte en elle une forme de logique. Et le récit émouvant de Blandine de Caunes glisse peu à peu du constat vers la réflexion sur le devenir de sa mère qui ne peut plus vivre seule: assistance médicale à domicile et ce terme terrible de « maison »  complété des mots de « retraite » que l’auteure ne peut à aucun moment nommer. Sans l’écrire, elle constate que sa mère est déjà morte. C’est un coeur et un corps qui subsistent, pas une femme qui clamait son « amour de la vie ».
    Et puis un jour de 2016, au milieu du livre, une page noire, comme un faire-part de deuil: Violette la fille de Blandine de Caunes, décède dans un accident de voiture. Elle avait 37 ans. Alors la mère Benoîte s’efface peu à peu des pages, subsiste en toile de fonds, inscrivant de cette manière une forme de priorité. La mort d’une jeune femme qui a tout à vivre passe devant cette d’une vieillard qui a vécu.« Une vie égale une vie » écrit le philosophe Comte Sponville, « mais une mort n’égale pas une mort ». Cette fois-ci c’est une autre forme de douleur qui est décrite, celle d’un d’anéantissement, d’une horreur indicible mais aussi d’une insoutenable injustice. Dès lors la mort de Benoîte Groult ne devient plus scandaleuse.

    « Je pense à Kafka apostrophant son ami étudiant en médecine qui ne le quittait plus vers la fin alors qu’il souffrait terriblement: si vous ne me tuez pas, vous êtes un assassin. L’ami est devenu un assassin ».

    Benoîte ne connaitra pas la mort de sa petite fille, du moins de la bouche de Blandine, mais dès lors, comme une logique évidente, sa vie, aux yeux des êtres qui l’aiment le plus au monde n’a plus de sens à être vécue. Toujours avec justesse, l’écrivaine décrit comment la souffrance à devenir folle de la perte de sa fille s’accompagne progressivement d’une douce et tendre nostalgie de la perte de sa mère. L’injustice contre l’ordre normal des choses.

    Boris Cyrulnik, dans une interview de la dernière livraison de la revue « Zadig » précise qu’une petite fille sur deux, née en 2020, vivra centenaire. Une modification essentielle de nos sociétés accompagnée de défis nouveaux auxquels il faudra répondre. « La mère morte », par son honnêteté et sa justesse, est un élément de réflexion primordial pour chacun d’entre nous. Un livre essentiel. Poignant, juste mais jamais larmoyant.

    Eric


  • par (Libraire)
    23 mai 2020

    Un récit tendre et drôle

    Un récit plein d'humanité. Tendre et drôle sur la vie, l'amour, le deuil et la solidarité.


  • par (Libraire)
    22 avril 2020

    C'est avec une économie de mots, de pathos surtout, que Blandine de Caunes raconte comment en 2016 à 2 mois d'intervalle, elle a perdu sa fille (36 ans, accident) et sa mère la célèbre Benoîte Groult, que la maladie d'Alzheimer éloignait déjà chaque jour un peu plus depuis de long mois.
    "Ecrire c'est hurler sans bruit" dit Blandine en citant Marguerite Duras en préambule. Tout est dit : écrire pour conjurer la mort des siens, pour continuer à vivre...


  • 9 mars 2020

    Triste année....

    Que dire de ce témoignage, mis à part, qu’il faut le lire… pour des tas de raisons
    Pour ceux qui aimaient Benoite Groult et la trace indélébile qu’elle aura laissée pour le combat des femmes et la littérature.
    Pour la question sur la fin de vie, que décider et quand arrêter
    Pour les relations mère-fille, vaste et si complexe sujet….
    Pour la perte d'un enfant et la possible façon d’y survivre.
    Chacun trouvera dans ces pages quelque chose qui lui parle.
    C’est un livre d’une grande sensibilité, de beaucoup d’amour, de résilience et surtout, d’un grand courage.
    Vous êtes la digne fille de votre mère, et une très belle grand-mère, je ne peux vous souhaiter que de la douceur pour l’avenir.


  • par (Libraire)
    19 février 2020

    WAOUH !

    Un récit profondément bouleversant,ça vous prend aux tripes .Sans être pathétique, plein d'amour et de partage .Lumineux d'intelligence et de clairvoyance.


  • 24 janvier 2020

    Que d'émotions !

    Blandine de Caunes nous invite dans sa vie, dans ce livre. Avec deux événements terribles : la mort de sa mère, Benoite Groult, et de sa fille unique, Violette, dans un accident de voiture.

    Un récit profondément émouvant, et lumineux, avec beaucoup d'amour, d'amitié et de partage. L'écriture y est fluide, et sensible.

    Magnifique !